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Présentation des églises paroissiales et chapelles du Nord-Pas de Calais 1945-2010

Dossier IA59005038 réalisé en 2005

Fiche

Œuvres contenues

Introduction

L’étude des églises paroissiales et chapelles édifiées de 1945 à 2010 s’avère particulièrement pertinente pour la région Nord-Pas de Calais. En effet, elle a été à partir de 1945 un lieu de grands chantiers de reconstruction et de construction d’églises.

D’abord, les deux départements ont beaucoup souffert des dommages de la Seconde Guerre mondiale. Zone frontière comprise entre le littoral de la Manche et la Belgique, le Nord-Pas de Calais a abrité les bunkers de l’organisation Todt et les rampes de lancement de V1 et de V2 dirigées vers l’Angleterre. La région a donc été particulièrement exposée aux bombardements alliés de 1944. Dans ces secteurs, de nombreuses villes et surtout des villages et leurs églises ont été gravement sinistrés.

Ensuite, l’explosion démographique de l’après-guerre a engendré dans toute la région la croissance de villes moyennes, le développement de nombreuses zones périurbaines qu’il a fallu doter d’équipements religieux. Les bassins miniers du Valenciennois et du Lensois, les bassins sidérurgiques de Dunkerque et de Maubeuge, des villes administratives comme Arras et Saint-Omer, et surtout la capitale régionale, Lille, future conurbation Lille-Roubaix-Tourcoing, sont des terrains d’études particulièrement riches. Les quartiers résidentiels, les ensembles d’immeubles locatifs, les cités ouvrières sont autant de foyers où l’Église a voulu s’implanter. En outre, la région comporte un exemple de ville nouvelle, Villeneuve-d’Ascq, implantée à la périphérie est de Lille, qui complète les cas de figure d’agglomérations urbaines.

1. Les églises de la Reconstruction dans le Nord-Pas de Calais

Les départements du Nord et du Pas-de-Calais sont les plus touchés par les dommages de la Seconde Guerre mondiale en France. D’après le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU), 130 000 bâtiments sont totalement ou partiellement détruits. A l’échelle de la France, près de 6 000 églises sont détruites ou endommagées. Au regard de ce chiffre, les 63 chantiers du Nord-Pas de Calais font de la région l’un des chantiers d’expérimentation les plus représentatifs de la reconstruction d’églises paroissiales après 1945.

1.1 Le contexte de la Reconstruction

Les institutions publiques

Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) est créé le 16 novembre 1944. Il supervise l’ensemble des opérations de reconstruction, nomme les architectes en chef et délivre l’agrément aux architectes reconstructeurs. Dans chaque préfecture est basée une délégation permanente du MRU, qui se trouve à Arras et à Lille pour la région.

La loi du 28 octobre 1946 sur les dommages de guerre reprend le système de priorité du plan Monnet : les logements et les lieux de culte ne font pas partie des secteurs prioritaires, ce qui explique la date tardive de début de chantiers d’églises.

Les reconstructions d’églises sont prises en charge, d’un point de vue juridique, par deux sociétés coopératives de reconstruction : « La Renaissance des clochers » pour les biens immobiliers et « La Renaissance des autels » pour les biens mobiliers.

En matière de choix esthétiques, l’engagement du MRU n’est pas neutre. Tous les plans des édifices importants passent entre les mains de ses techniciens. Le MRU refuse a priori que les églises soient reconstruites à l’identique.

Paul Koch est désigné architecte-conseil au niveau national par le MRU ; il est secondé à partir de 1956 par André le Donné dans les régions du Nord de la France. L’avis de l’un de ces architectes-conseil est indispensable pour que le projet d’église à reconstruire soit agréé par le MRU et puisse faire l’objet d’une demande de permis de construire et d’une attribution des crédits sur dommages de guerre.

Dès sa nomination, Paul Koch impose une certaine vision de l’architecture moderne, cherchant à épurer les formes et à simplifier les aménagements intérieurs. Mais il est néanmoins très respectueux des recherches des architectes locaux et des désirs des membres du clergé. En témoigne la diversité des formes, des plans, des matériaux que l’on trouve dans la seule région Nord-Pas de Calais.

Propriétaires de la grande majorité des églises détruites (60 sur 63 dans le Nord-Pas de Calais), les communes ont en main la majeure partie des décisions à prendre concernant leur reconstruction. Les maires et leurs conseils municipaux ont notamment la prérogative du choix de l’architecte, qui doit cependant figurer sur une liste d’agrément.

Ce dernier est souvent l’architecte communal, chargé de la reconstruction de l’ensemble des bâtiments municipaux. Forts de leur pouvoir de décision concernant le relèvement du lieu de culte paroissial, certains maires font valoir leur point de vue, leur idéologie, leur conviction au sujet du chantier de l’église. Les relations avec les curés affectataires ne sont pas toujours sereines ; la priorité accordée à ce type de chantier est parfois remise en cause et les lenteurs administratives amplifiées au niveau de l’administration des communes.

Les institutions religieuses

Alors que le relèvement des églises n’entre pas dans les priorités de gouvernement, il représente pour les institutions catholiques un enjeu essentiel : rétablir le culte au plus vite. Le 26 novembre 1946 est créée à cet effet la Fédération nationale des groupements d’églises et édifices religieux sinistrés, dont la première tâche est de créer une organisation générale permettant d’agir efficacement sur la restauration des édifices religieux. Par le biais d’emprunts garantis par l’État, la Fédération, agréée par le MRU, permet aux sinistrés d’avoir une avance immédiate en attendant le versement du complément de l’indemnité des dommages de guerre. Ils peuvent ainsi payer les entrepreneurs en temps voulu et échapper aux variations des crédits et des prix des matériaux.

Les diocèses touchés par les destructions se dotent rapidement de structures opérationnelles. Les bureaux des églises dévastées s’emploient à la constitution de dossiers administratifs, à accélérer les diverses procédures. Les évêchés s’appuient en outre sur des instances existantes, créées entre-deux-guerres, les Commissions diocésaines d’art sacré (CDAS). Elles étudient les projets de reconstruction des églises. Leur rôle, s’il est consultatif, n’en est pas moins déterminant. Selon la formation de ses membres à l’art sacré moderne, les CDAS encouragent plus ou moins les innovations en matière d’architecture religieuse. Elles travaillent en lien étroit avec les curés des paroisses qui contribuent eux-mêmes, par leur participation à l’élaboration des projets, à développer une nouvelle vision de l’architecture religieuse après-guerre.

Les architectes

Les architectes demeurent en fin de compte les véritables maîtres d’œuvre de la reconstruction des églises. Plus ou moins réceptifs aux doctrines officielles, plus ou moins au fait du renouveau liturgique, plus ou moins imprégnés des recherches sur le renouveau de l’art sacré, ce sont eux qui vont donner à l’architecture religieuse de la Reconstruction son caractère.

Dès 1946, les architectes en chef sont nommés par le MRU. Bechmann, Lurçat, Laprade, Niermans, Bonte, Hentges et d’autres sont ainsi nommés dans le Nord-Pas de Calais. Ils sont chargés d’établir la liste d’aptitude des architectes de la reconstruction des édifices publics.

51 architectes ont été chargés des 63 chantiers d’églises de la Région. Une large majorité d’entre eux est originaire de la région. Presque aucun n’est spécialisé dans la construction de lieu de culte, la plupart étant nommés par les communes pour reconstruire l’ensemble des bâtiments municipaux.

Une majorité des architectes est issue de la formation Beaux-Arts. Si l’on considère que la plupart des maîtres d’œuvre ont reçu un enseignement au sein duquel dominait alors une conception archéologique de l’architecture, et à plus forte raison de l’architecture religieuse, on pourra comprendre aisément la prédominance numérique d’un type d’églises aux formes traditionnelles dans la région reconstruite, notamment dans ses zones rurales et maritimes. Mais ces constructions tiennent peut-être moins à la conception théorique qu’en ont les architectes - qui est d’autant plus faible que ce type de chantier est exceptionnel - que des desiderata des maîtres d’ouvrage et des usagers.

1.2 Les réalisations

Les réalisations d’églises après-guerre sont révélatrices de la tension entre traditionalisme et modernité qui existe dans tout contexte de reconstruction. La destruction traumatisante des clochers, dans une région bouleversée par les bombardements, a fortement marqué les habitants et les a inconsciemment poussé à se raccrocher aux vestiges de leur passé. Mais le désir de renaissance, associé aux bouleversements économiques et sociaux de l’après-guerre, à l’évolution liturgique, incite par ailleurs à innover.

L’évolution des plans d’églises

L’évolution de l’Église, notamment l’idée d’une liturgie renouvelée, telle que la consacrera le concile de Vatican II, se concrétise dans le domaine architectural par la recherche de nouveaux plans d’églises facilitant le rapprochement de l’assemblée et du sanctuaire. La région Nord-Pas de Calais figure parmi les régions les plus innovantes en matière de plan.

Le plan triangulaire fait converger les lignes vers l’autel : église Saint-Pierre d’Audinghem (IA62001258), église Saint-Martin de Givenchy-lès-la-Bassée (IA62001286), église Saint-Pierre-aux-liens à Blangerval-Blangermont (IA62001261).

L’église Saint-Germain de Fiefs (IA62001283) s’inscrit quant à elle dans un plan trapézoïdal.

Bien que rarement utilisés pendant la Reconstruction, plusieurs exemples de plans centrés existent dans la région. L’église Saint-Quentin de Bouchain (IA59002579) s’inscrit dans un plan dodécagonal. Le plan carré permet de rassembler les fidèles autour du sanctuaire : ce plan est adopté dans les églises du Saint-Sacrement à Lille (IA59002626), Saint-Pierre à Téteghem (IA59002662) et Saint-Léonard à Spycker (IA59002660). L'église Saint-Quentin de Bouchain (IA59002579) s'inscrit dans un plan dodécagonal.

Les matériaux

Après 1945, pour des raisons économiques, la pierre de taille n’est utilisée que comme parement.

La brique, devenu un matériau traditionnel de la région au XIXe siècle, est utilisée comme parement pour donner aux églises un style régional. La brique est souvent associée à des constructions au toit à forte pente, au large pignon triangulaire recevant une verrière, au clocher accolé à un angle de l'édifice. On peut citer encore dans la région les églises qui adoptent ce parti : Saint-Louis de Cambrai (IA59002582), Saint-Nicolas de Zuydcoote (IA59002677), Saint-Nicolas de Mardyck (IA59002597), Saint-Louis de Lille (IA59002625), Saint-Martin de Fretin (IA59002604), Notre-Dame du Fort à Fort-Mardyck (IA59002602).

L’architecte Joseph Philippe s’illustre particulièrement dans la construction d’édifices religieux en brique : Saint-Martin de Landrethun-le-Nord (IA62001288), Saint-Jacques à Enguinegatte (IA62001279), Notre-Dame-de-Lourdes à Hazebrouck (IA59002609). Pour cet architecte de Saint-Omer, l'emploi de la brique est lié à l'architecture locale mais aussi à l'influence qu'il a reçu de son maître, le moine bénédictin architecte Dom Bellot.

Quantitativement, les églises en brique dominent largement la production de l’après-guerre dans le Nord-Pas de Calais. Si elles conservent les éléments caractérisant leur appartenance à un sol et à un climat (matériau, pente du toit), une certaine unification des productions à travers le territoire français tend à prouver les limites après-guerre de la recherche d’un style régionaliste.

Omniprésent dans la structure des édifices religieux, le béton est encore rarement utilisé pour ses qualités propres. Une agence d’architecture particulièrement active dans le Pas-de-Calais et désignée à plusieurs reprises pour des reconstructions d’églises du diocèse d’Arras utilise sans complexe le béton pour l’architecture religieuse. Son premier chantier d’église est celui de l’église Saint-Germain à Siracourt (IA62000822). A Frévent (IA62001285) et à Saint-Pol-sur-Ternoise (IA62001313), les mêmes architectes ont réussi à imposer des églises de style moderne. D’autres architectes ont utilisé le béton pour la reconstruction d’églises tout en conservant des formes traditionnelles. Deux exemples caractéristiques sont ceux des églises de Boyaval (IA62001266) et de Wizernes (IA62001318) dues à l’architecte Francis Lemaire.

Les formes

L’architecture religieuse connaît des innovations dans les formes, qui sont dues à l’évolution des mentalités et aux recherches théologiques, qui fondent un nouveau rapport à l’église et à l’environnement urbain et remettent en question les formes de l’église traditionnelle. Quand certains architectes proposent des formules se rapprochant fortement du bâti ancien, d’autres expriment la volonté de l’institution de s’insérer dans la ville reconstruite par des formes renouvelant complètement le vocabulaire de l’architecture religieuse. Les églises Notre-Dame-de-la-Salette de Sangatte (IA62001315) et Saint-Martin de Marck (IA62001302) conservent un clocher par tradition mais ont une expressivité propre, sans se référer d’aucune manière aux formes traditionnelles : l’église de Sangatte se distingue par sa toiture composée de deux voiles de béton courbes, couvertes de cuivre agrafé et l’église de Marck, de plan ovoïdal, est entièrement construite en béton.

Au lendemain de la guerre, l’architecture religieuse profite des innovations développées dans le secteur de l’architecture civile. Dans les reconstructions des églises du Pas-de-Calais, une forme revient souvent qui s'apparente à un bâtiment d'usage profane : la salle des fêtes ou la salle des sports. Une demi-douzaine d'églises adoptent le modèle suivant : un plan rectangulaire, un toit en terrasse à faible pente.

L’église Notre-Dame-de-Toute-Joie à Sainte-Catherine (IA62001309) et l’église Saint-Martin à Œuf-en-Ternois (IA62001306) ont un plan rectangulaire, un toit en terrasse à faible pente, une charpente métallique et le gros œuvre est en béton armé.

2. Les églises nouvelles dans le Nord-Pas de Calais

Dans le Nord-Pas de Calais, 120 églises nouvelles sont construites de 1945 à 2000, financées par l’Église. La croissance des villes moyennes nécessite la construction de nouveaux équipements.

Au cours des trois dernières décennies du XXe siècle, le nombre de chantiers d’églises a fortement baissé par rapport à ce qu’il fut pendant les Trente Glorieuses. La baisse du nombre de chantiers qui se produit à partir de 1970 correspond à la fin des besoins urgents d’équipements religieux dans les nouveaux quartiers. Toutefois, des nouveaux lieux de culte doivent être établis dans la ville nouvelle de Villeneuve d’Ascq ou encore dans le centre des affaires Euralille, ou reconstruits suite à des accidents.

2.1 Le contexte de construction des nouvelles églises

Les acteurs de la commande

En vertu de la loi de 1905, les moyens financiers afférant à la construction des nouveaux lieux de culte sont exclusivement ceux mis à disposition des associations diocésaines. Elles doivent obtenir des réservations de terrains pour construire les lieux de culte, choisir les architectes qui puissent répondre aux exigences d’économie, inventer des formes renouvelant l’image de l’église et répondre aux programmes établis par les curés et comités paroissiaux, suivant les inflexions du concile de Vatican II.

Les pouvoirs publics, en dépit de la loi de Séparation de 1905, jouent un rôle dans la construction des nouvelles églises. Ils interviennent dans le choix du lieu d’implantation et ils permettent aux institutions religieuses de bénéficier de crédits auprès de la Caisse des dépôts.

Les laïcs ont un rôle majeur dans l’organisation des chantiers : ils assurent la réussite des entreprises de construction par leur compétence en matière financière, juridique, administrative et parfois politique. Dans la région leur participation est particulièrement active. De nombreux industriels apportent des dons substantiels aux paroisses pour la construction de nouvelles églises : à Hem, la construction de la chapelle Sainte-Thérèse-de-l’enfant-Jésus (IA59002612) a été financé par les époux Leclerq, industriels à Roubaix. Une association « Les Chantiers du diocèse de Lille » prend en charge l’ensemble des opérations de construction des églises du diocèse, de la conception à la réalisation en passant par le financement.

Les architectes

Ayant une plus grande liberté que pour les chantiers de la Reconstruction, les diocèses choisissent des architectes selon des critères artistiques et personnels.

Dans le diocèse de Lille, l’organisation des chantiers est particulièrement originale. Elle est l’un des exemples le plus souvent cité au niveau national pour son organisation et ses réalisations : la création d’un Atelier d’art et d’architecture, équipe d’architectes laïcs qui construit anonymement les églises nouvelles, est inédite en France. Il s’agit d’un comité de cinq à six architectes étudiant ensemble les plans des nouvelles églises à construire, pour que les expériences acquises ne soient pas chaque fois perdues par un changement d’architecte. Il est néanmoins entendu dès le départ que ce groupe d’architectes n’adoptera pas une solution unique pour toutes les églises, mais cherchera, au contraire, à concevoir une église pour chaque quartier. Outre les économies, le mode de travail de l’AAA induit une dynamique de recherche qui a impulsé la création de nouvelles formes dans l’architecture religieuse du Nord.

L’impact du concile de Vatican II

En 1963, le concile de Vatican II représente de manière générale l’ouverture de l’Église catholique au monde moderne. La Constitution sur la liturgie est promulguée ; elle fixe un cahier des charges pour l’Église. Une nouvelle conception du lieu du culte y est développée : l’article 7 donne la priorité à l’assemblée plutôt qu’au bâtiment. Il a été interprété comme une incitation à expérimenter de nouveaux types de plans et à rechercher de nouvelles formes portant témoignage de la présence de l’Église à la cité moderne.

2.2 Les réalisations

Malgré la diversité des styles, toutes les constructions d’églises nouvelles ont fait preuve d’innovation.

De nouveaux critères

Les constructions des lieux de culte répondent essentiellement à trois nouveaux critères.

D’abord les constructions doivent être économiques : les souscriptions des laïcs ne suffissent pas, les architectes doivent proposer des projets économiques, en utilisant des matériaux et techniques adaptés et en concentrant les diverses fonction du lieu de culte.

Ensuite les églises nouvelles sont implantées dans un environnement urbain densément bâti et elles se démarquent de leur environnement par des formes innovantes qui témoignent du renouveau de l’Église et de sa volonté d’adaptation au monde moderne.

Enfin le concile de Vatican II ayant redéfini le lieu de culte, les plans d’églises permettent une meilleure participation de l’assemblée et offrent une nouvelle disposition des lieux de la parole et du baptême. Ces dispositions se retrouvent déjà dans les églises reconstruites avant le concile et se poursuivent avec la construction des nouvelles églises.

Des constructions répondant aux contraintes économiques

Les institutions religieuses n’ont aucune organisation permettant de répondre aux besoins des paroisses en extension ou des nouvelles paroisses. Les curés sont livrés à eux-mêmes pour subvenir aux besoins les plus pressants. De nombreux quartiers ouvriers de la région Nord-Pas de Calais sont équipés d’un lieu de culte modeste, élevé à l’initiative du curé du lieu et grâce au travail des habitants. Ces prêtres entendent par le biais de la participation créer une nouvelle communauté catholique soudée et attachée à son lieu de culte. Le type de construction est caractérisé par la modestie des moyens, pour des raisons économiques et idéologiques : la maison du Dieu des pauvres doit être pauvre, tout élément ostentatoire est banni.

La situation du bassin minier est particulière à cet égard. Pour remédier au manque d’équipement religieux, plusieurs paroisses, aidées par l’évêché d’Arras, ont érigé des églises dans les cités : Notre-Dame-de-Lourdes à Liévin (IA62001295), Notre-Dame-des-Cités à Sallaumines (IA62001314), Saint-Paul à Carvin (IA62001271), Sainte-Thérèse à Lens (IA62001292), Saint-Laurent à Wingles (IA62001320). Toutes sont des « réalisations artisanales » édifiées par des bénévoles sous la conduite du curé de la paroisse. Leur architecture s’apparente plus à l’architecture industrielle ou d’habitation qu’à celle d’une église traditionnelle. De briques, de parpaings et de béton, sans aucun ornement ni vitraux, rien ne trahit leur fonction si ce n’est la croix à Notre-Dame-des-Cités de Sallaumines, le clocher à Saint-Laurent de Wingles, le porche à Saint-Paul de Carvin.

Face aux recherches d’économies, les commanditaires d’églises utilisent des procédés de construction industrielle. Des bâtiments entièrement préfabriqués servent de chapelles à Jeumont (IA59002613 et IA59002614) et à Saint-Laurent-Blangny (IA62001311). La forme de la halle, ébauchée à la Reconstruction, est utilisée pour une dizaine d’églises élevées dans les Trente Glorieuses.

Les chantiers du diocèse de Lille s’orientent vers des créations de salles polyvalentes. Ce type de construction permet à l’Église d’assurer sa présence dans toutes les Zones à Urbaniser en Priorité (ZUP) de l’agglomération lilloise. Des églises construites dans l’idée d’un bâtiment polyvalent se retrouvent à Lomme (Chapelle Saint-Pierre IA59002572), à Armentières (Chapelle Notre-Dame-de-la-nativité IA59002571), à Wattrelos (église Saint-Pierre IA59002675), à Saint-André (Chapelle Saint-Paul IA59002573) et à Marcq-en-Baroeul (église Saint-Jean IA59002633).

Évolution des recherches formelles

Presque toutes les nouvelles églises innovent en matière de plan et d’aménagement liturgique. Selon le Centre National de Pastorale Liturgique (CNPL), l’objectif principal de l’architecture d’une église doit être double : trouver un plan de rassemblement des fidèles qui favorise la cohésion et la participation et mettre en valeur l’autel pour qu’il soit bien visible de l’assemblée.

Au niveau formel, la hauteur et le volume ne sont plus des critères acceptés par la majorité du clergé comme des attributs distinctifs de l’architecture religieuse. La recherche de nouvelles formes se résume à deux points principaux. Le premier est la recherche d’intégration et d’humilité, un bâtiment peu ou non différencié des

autres dans le quartier. Le second est la recherche d’une rupture formelle avec l’environnement bâti intervenant par les lignes et les matériaux plutôt que par le volume. Plusieurs églises de la région se distinguent par leur forme : l’église Saint-Curé-d’Ars à Arras (IA62001255), l’église Saint-Henri de Libercourt (IA62001294), la chapelle Sainte-Thérèse de Vieux-Condé (IA59002670).

Le débat sur la monumentalité qui a déferlé en France à partir des années 1970 n’a pas épargné l’architecture religieuse. D’après plusieurs auteurs, l’évolution de l’architecture religieuse à partir des années 1980 marque un retour du « monumental », du « verticalisme ». L’observation des réalisations sur le territoire du Nord-Pas de Calais ne permet pas de conclure à la même affirmation. Il semble que la question de la visibilité soit plus pertinente. Les architectes ont développé un langage utilisant un symbolisme universel, plutôt que spécifiquement chrétien, qui exprime la fonction spirituelle du lieu plutôt que cultuelle. Ce type de recherche paraît répondre de manière la plus juste à l’adaptation de l’Église au monde d’aujourd’hui.

De nouveaux besoins

Après la fièvre constructrice des Trente Glorieuses, le nombre des chantiers d’églises diminue brutalement. Toutefois les diocèses doivent répondre à de nouveaux besoins.

Dans les années 1970 neuf villes nouvelles sont créées en France dont une, Villeneuve-d’Ascq, dans l’agglomération lilloise. Dès le début du projet, l’Église est associée aux discussions. La pastorale éclatée ayant été privilégiée, ce sont plusieurs constructions modestes, plutôt qu’un édifice central de grande importance, qui ont été élevées dans divers quartiers de la ville.

Les diocèses doivent penser la reconstruction ou la réhabilitation des églises vétustes, construites au début du XXe siècle, après la loi de 1905. Certaines sont victimes d’incendie ou de tempête, d’autres d’effondrements de terrain ou de la mauvaise qualité des matériaux. Tous les projets de reconstructions répondent à des économies de moyens, au renouvellement de l’image de l’église et à la fonctionnalité du lieu : aucune reconstruction à l’identique n’a été mis en œuvre. Ce sont souvent des centres paroissiaux modestes qui sont élevés en remplacement d’anciennes églises. Les diocèses entreprennent également la reconversion de bâtiments commerciaux ou d’habitation. Ces aménagements présentent deux avantages : la réduction des frais et la pérennité des locaux existants. De telles opérations donnent le jour à la chapelle Saint-Vincent-de-Paul dans l’ancienne usine Le Blan à Lille (IA59002627) et à l’église Notre-Dame du-Sacré-Cœur dans les anciens locaux de la jeune garde à Tourcoing (IA59002663).

Le remplacement d’églises anciennes détruites pour cause de vétusté donne exceptionnellement naissance à la construction d’équipements mixtes, abritant lieu de culte et salle communale. Deux équipements se trouvent dans la région : l’église Sainte-Barbe à Méricourt (IA62001303) et l’église Sainte-Barbe à Carvin (IA62001272).

Aires d'études Nord - Pas-de-Calais

Références documentaires

Bibliographie
  • FRÉMAUX, Céline. Églises du Nord et du Pas-de-Calais 1945-2010. De la commande à la patrimonialisation. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2011.

  • FRÉMAUX, Céline. Construire des églises en France dans la seconde moitié du XXe siècle. De la commande à la réalisation. Nord-Pas de Calais (1945-2000). 2005. 2 vol. Th. doct. : Histoire de l'art : Rennes 2 : 2005.

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