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Présentation de la commune de Mortagne-du-Nord

Dossier IA59002938 réalisé en 2007
Aires d'études Parc Naturel Régional Scarpe-Escaut
Adresse Commune : Mortagne-du-Nord

La situation du village au confluent des rivières de la Scarpe (fig. 1, 2) et de l´Escaut fig. 3) lui a conféré une position stratégique et une zone d´influence importante. Au Moyen-Age, la seigneurie de Mortagne-du-Nord était située hors du territoire du Tournaisis, dont la limite orientale était la Scarpe puis l´Escaut au IXe-XIe siècles. Elle passa néanmoins dans le bailliage de Tournai, Tournaisis, Mortagne et Saint-Amand, créé en 1383, après le passage du Tournaisis sous l´autorité du roi de France en 1313. Cette situation perdura pendant la domination espagnole. La limite et la composition des terres de Mortagne n´étaient pas bien délimitées et ne furent clarifiées qu´après que les frontières actuelles aient été fixées en 1779. Le siège de la seigneurie, la forteresse ancienne, construite au confluent de la Scarpe et de l´Escaut, fut détruite sur ordre de Charles Quint en 1553, puis rapidement remplacée par une autre, située en amont, au voisinage de Château-L´Abbaye, visible sur la planche 19 de l´Album de Croÿ (1602). Ce château fut (partiellement ?) détruit à la Révolution et réaménagé au XIXe siècle (fig.4). Rappelons la complexité de la dépendance religieuse de Mortagne : la zone du confluent appartient au diocèse d´Arras et l´église Saint-Nicolas est une dépendance de Château-L´Abbaye. L´agglomération qui sest formée sur la rive droite de l´Escaut relève du diocèse de Cambrai et de la paroisse de Flines. Le village est constitué aujourd´hui essentiellement d´architecture civile et publique du XIXe et du XXe siècle. Le chemin de fer Lille-Valenciennes et son extension vers Saint-Amand, Lecelles et le canal du Décours et de la Scarpe, projetés en 1875, est réalisé en 1887 (fig. 5). Fait assez exceptionnel pour ce territoire, la commune fait appel à des architectes de renom de la métropole lilloise pour la construction et la rénovation des édifices publics : le presbytère est construit en 1844 par Lepers (AD Nord 2O421/86), qui semble être l´architecte roubaisien Théodore Lepers (1813 - 1869), l´école de filles fait l´objet de travaux de réparation en 1877 réalisés par l´architecte lillois Jules-Louis Batigny (AD Nord 2O241/96), l'église (IA59002939) est agrandie en 1888 par l´architecte roubaisien Paul Destombes, membre de la société des architectes du Nord de la France, qui se présente pour ce projet comme architecte valenciennois, (AD Nord 2O421/83). Les bombes de la Première Guerre mondiale ont fait quelques dégâts sur le territoire communal. Entre 1925 et 1932, les architectes parisiens Fernand Baud et Marcel Coquet réalisent un projet d'aménagement urbain grâce aux indemnités des dommages de guerre (AD Nord Plan 2277) (fig.6) : le réseau de voirie est étudié, intégrant la création d´une véritable place, qui impliquait une destruction de maisons (non réalisé), et autour de laquelle s´implantent la nouvelle mairie (IA59002940) (fig. 7), la salle des fêtes, le monument aux morts (IA59002941) (fig. 8) réalisé par le sculpteur Carmelino Cagna. L'articulation avec le grand terrain de jeux par la création d'une nouvelle voie n'a pas été réalisé. Marcel Coquet et Fernand Baud dessinent également la plaque commémorative des soeurs Fernig, réalisée par le sculpteur Jacques Martin, qui remplace le monument dessiné par l'architecte parisien Henri Guillaume (1868-1929) (fig. 9), réalisé à une date inconnue par le sculpteur Henri Gauquié (Flers-lès-Lille 1858 - Montfort-l´Amaury 1927), détruit pendant la Première Guerre mondiale. Les architectes valenciennois sont également sollicités : la couverture de l´hôtel de ville est refaite en 1893 par l'architecte départemental J. Bernard (AD Nord 2O241/69), l'agrandissement de la maison-école de garçons est proposé par Joseph Foyer, architecte D.P.L.G. de Valenciennes, mais ne sera pas réalisé (AD Nord 2O421/206) (fig.10). L´école de filles fait l´objet de travaux de réparation en 1877 par l´architecte lillois Jules-Louis Batigny (AD Nord 2O241/96). Aucun document figuré n´est conservé permettant de localiser ou d´identifier cet édifice. Une nouvelle école de filles est construite entre 1909 et 1911 sur la place, par l´entrepreneur Alexandre Brasseur, de Valenciennes, d´après des plans de l´architecte valenciennois Gustave Dupont et fils, datés de novembre 1905 (AD Nord 2O421/98) (fig. 11). La position stratégique du village à la frontière franco-belge et au confluent de la Scarpe et de l'Escaut aboutit à la construction en 1837 d' une aubette pour douanes près du pont de la Scarpe afin de surveiller le mouvement du pont et abriter l'employé chargé de vérifier le bâtiment de houille (AD Nord 2O421/105) (fig. 12), les douanes furent ensuite installées dans la mairie (AD Nord 2O421/197) puis dans un bâtiment indépendant en 1926 (AD Nord 2O421/192) (fig. 13). Jusqu'au XIXe siècle, l'industrie se limite à la batellerie et la marine fluviale qui se développe en 1930 par l'installation de la forge Pamelard rue du Fort (AD Nord : M417/15198) (fig. 14) et les chantiers navals Plaquet (fig. 15). Les ponts seront sans cesse rénovés et remplacés (fig. 16 à 19). La société métallurgique de Mortagne est constituée en 1901 et s´installe dans la commune le long de la Scarpe, rivière canalisée qui facilité l´importation et l´exportation des produits. Cette usine métallurgique - qui a fait l´objet d´un dossier et une campagne photographique en 1989 (IA59001503) - est spécialisée dans l´oxydation du zinc. En 1924, la Société des Usines de Produits Chimiques de Thun installe dans cette commune (voisine) une usine chimique produisant de l´acide sulfurique. Ces entreprises complémentaires ont connu des développements et des difficultés diverses, qui ont abouti à leur fermeture en 1963, une destruction des fours en 1989 et l´ensemble des bâtiments à une date ultérieure. Des logements ont été construits pour loger les ouvriers nombreux : 50 logements ouvriers sur la commune de Mortagne au début du 20e siècle et 90 maisons formant une cité (appelée aujourd´hui Cité du Maroc) en 1924 à Thun-Saint-Amand. De nombreuses briqueteries s´installent sur la commune à partir de 1923, qui sont de simples excavations d´argile. La Scarpe attire l´installation d´autres industries, notamment la cimenterie Fernand Duthoit et Cie (AD Nord : M417/15196), adjointe de la société de briques réfractaires Escoyez (fig. 20-22).

Annexes

  • Repérage du patrimoine bâti de Mortagne-du-Nord
    A la lecture des cadastres successifs, on constate que la structure actuelle du village est semblable à celle du début du 19e siècle : le village est constitué d´une rue principale, qui est l'axe reliant Flines-les-Mortagne à Maulde, et quelques rues adjacentes, déjà assez bien loties.

    Lors du recensement de 1999, environ 500 maisons sont dénombrées, dont 130 ont été repérées lors de l'opération d'inventaire.

    Les fermes.

    L'architecture rurale est actuellement peu présente sur le territoire communal et par ailleurs assez transformée et dénaturée.

    Sur le cadastre du Consulat sont indiquées quelques fermes à cour fermée, aujourd´hui disparues.

    Une ferme, traversée par des « canaux » sur le plan de 1804 (?) a été transformée en école de filles en 1887 (parcelles 592 à 594) et fortement dénaturée aujourd´hui.

    Il subsiste une longère, située 61, rue Boeynaems, portant la date de 1748 (fig. 21), qui semble être une réutilisation, tout en ayant des caractéristiques de l'habitat du XVIIIe siècle : maison en rez-de-chaussée, brique, soubassement, chaînage et oeil de boeuf en calcaire, ouvertures en anse de panier.

    Signalons également la ferme à cour fermée (51, rue du Commandant Chomonot) (fig. 22) , en bordure de l'Escaut, avec un logis et un chartil importants, qui servait peut-être à l'activité du port, actuellement disparu, qui se situait à peu de distances de cette ferme.

    Les maisons.

    La petite commune de Mortagne-du-Nord (1500 habitants, 500 maisons) se distingue par la présence d'une architecture soignée, qui témoigne des influences diverses des courants architecturaux, de l'éclectisme à l'Art-Déco, ainsi que d'une mise en oeuvre rappelant l'architecture urbaine belge.

    Le repérage de cette commune a pris en compte 130 édifices (soit près de 30% du bâti) dont la majorité est la maison de type urbain.

    Le type le plus simple est en brique, s'élève sur deux niveaux et est couvert de longs pans en tuile. Cette typologie présente des variantes en volume ou en décor : elles sont parfois construites en série (fig. 23-24), présentent des combles, un chaînage, des baies de formes diverses.

    Un nombre beaucoup plus restreint (10) est de taille plus modeste et se rapproche de la longère ou de la maison ouvrière, à un seul niveau d'élévation (fig. 25) Ces ensembles, ainsi que l'immeuble l'Union, qui a abrité un café-hôtel (fig. 26) sont à mettre en rapport avec l'industrie, qui s'établit dès 1920 sur la commune.

    Il faut néanmoins rester prudent sur l'occupation et l'usage des maisons en séries : l'alignement de maisons basses situées rue Saint-Michel est identifié en tant qu'hospice sur le cadastre de 1887.

    Parmi le repérage des maisons urbaines, il est possible de distinguer des typologies plus spécifiques :

    - 16 maisons (soit 12 % du repéré) peuvent être définies comme des "maisons bourgeoises et de maître", soit 12% du repéré.

    Celle située 94, rue de Mortagne (fig. 27) est l'exemple le plus représentatif de la maison de maître, entourée d'un grand jardin.

    Ces maisons sont situées dans le centre bourg (fig. 28 à 30).

    - 12 maisons sont qualifiés de "stylisées" (fig. 31 à 37), illustrant les courants architecturaux divers, de l'éclectisme au néo-régionalisme, en passant par l'Art-Nouveau (fig. 31).

    Il y a très peu d'immeubles (4) (fig. 38 à 40) : ils s'élèvent tous sur trois niveaux et semblent abriter des logements. Deux immeubles possèdent un angle coupé mis en valeur par le traitement de la travée ou l'ajout d'un balcon.

    Celui situé quai de la Scarpe date des années 1950 et fait pendant à une maison du même style (fig. 41). Elles témoignent de la reconstruction des édifices situés le long des berges de la Scarpe endommagées par un bombardement pendant la seconde Guerre Mondiale.

Liens web

(c) Région Nord - Pas de Calais - Inventaire général ; (c) Parc naturel régional Scarpe-Escaut - Luchier Sophie