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Modèle d'anatomie clastique du Docteur Auzoux : Œil

Dossier IM59002869 réalisé en 2015

Fiche

En 1822, le docteur Auzoux invente des modèles d'anatomie démontables en plusieurs pièces, suivant l'ordre d'une dissection, qu'il nomme "modèles d'anatomie clastique", du grec klastos qui veut dire mettre en morceaux. Sauf pour la réalisation des moules, ces modèles, exclusivement fabriqués en papier mâché peint, ne nécessitent plus de restes humains. Ils peuvent être produits en série et sont donc beaucoup moins couteux et beaucoup plus solides que les modèles en cire, qui de plus ne sont pas démontables et ne permettent pas de voir comment les différents pièces anatomiques s'articulent ente elles. Le premier homme complet, qui compte 66 pièces, est achevé en 1825. Le Docteur Auzoux fournit les universités ainsi que les lycées en modèles anatomiques d'homme complets ou par "morceaux", ainsi qu'en animaux et en plantes, construits selon la même méthode. L'entreprise, installée dans l'Eure, a continué à produire ces pièces, selon la même technique et dans les mêmes moules jusqu'en 2002.

Le lycée Gambetta de Tourcoing conserve 5 pièces d'anatomie humaine du docteur Auzoux : un ensemble larynx - trachée - bronches, un œil agrandi, un rein, une moelle épinière et un cœur, achetés vers 1890.

Dénominations objet de représentation d'un organisme vivant
Aire d'étude et canton Nord - Pas-de-Calais - Tourcoing-Nord
Adresse Commune : Tourcoing
Adresse : 80 boulevard Gambetta
Cadastre :

La facture conservée aux archives municipales de Tourcoing relative à cette acquisition porte la date du 8 décembre 1887. La pièce a donc été acquise deux ans après l'ouverture du lycée, au prix de 75 francs.

L’œil est mentionné dans le catalogue Auzoux de 1853 où il porte le numéro 20. Il est signalé comme faisant partie des pièces nécessaires "pour l'enseignement de l'Histoire Naturelle dans les lycées et les établissements qui ne s'occupent pas d'une manière spéciale de l'art de guérir". La description est la suivante : "Œil complet de très grande dimension, avec une portion de l'orbite, les muscles, les vaisseaux, les nerfs, le corps vitré... chaque partie se détachant". Les muscles moteur de l’œil ne peuvent cependant pas se démonter. A cette date, le modèle est vendu 60 francs...

Les archives de l'entreprise indiquent qu'en 1839, pour cette pièce, il fallait 6 jours d'ajustage (qui pour ce calcul inclut toutes les étapes depuis le cartonnage jusqu'à la réalisation des nerfs et des veines) et 2 jours de peinture, pour un prix de revient de 9 francs.

L'étude des commandes pour l'étranger honorées par les établissements Auzoux entre 1873 et 1875, montre que cette pièce était souvent achetée : elle représente 15 des 98 pièces vendues.

Ce modèle a été perfectionné par les établissements Auzoux au fur et à mesure des années. En effet, le modèle proposé dans le catalogue de 1920 est complètement démontable, ce qui inclut les muscles moteurs et le cristallin.

Période(s) Principale : limite 19e siècle 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Auzoux Louis Thomas Jérôme,
Louis Thomas Jérôme Auzoux (1797 - 1880)

Titulaire d'un baccalauréat "es lettres" en 1817, Louis Auzoux entame à Paris des études de médecine. C'est au cours de ces dernières qu'il prend conscience de la difficulté à se procurer des cadavres pour réaliser des dissections et à quel point les modèles existants en cire ou en bois (comme celui de Fontana) sont peu pratiques car trop fragiles ou pas assez précis car ils ne montrent souvent qu'une surface et non les structures sous-jacentes, ne permettent pas la manipulation par les étudiants et n'offrent aucune similitude avec une dissection. Tout en poursuivant ses études, il commence à travailler à la création de modèles anatomiques résistants qui puissent se démonter par étapes successives, de la manière la plus proche possible d'une véritable dissection, qu'il appelle "clastiques", du grec "klastos" mettre en morceaux. Après de très nombreux essais pour trouver la matière adéquate, en particulier en s'inspirant des techniques des fabricants de marionnette, il conçoit un modèle en papier mâché constitué de pièces moulées puis peintes, assemblées entre elles à l'aide de petits crochets. A la différence d'Ameline qui propose à la même époque un écorché humain en papier mâché façonné à la main et monté sur un véritable squelette, les modèles du docteur Auzoux n'intègrent aucun élément organique. En s'affranchissant du squelette naturel, Auzoux ouvre la voie de la production en série.

En 1822, la Faculté de médecine avait validé le modèle de "pied, jambe et bassin" proposé par Auzoux et lui avait commandé un modèle d'homme en entier. Celui-ci est achevé et validé par la Faculté en 1825. Dans sa "Notice pour les préparations artificielles de M. Auzoux" parue la même année, Auzoux vante ainsi les mérites de son invention : "C'est pourquoi, sans vanter le degré de perfection auquel j'ai porté ce nouveau mode de représentation et sans parler des difficultés que j'ai eu à vaincre, je me borne à faire une description de ces pièces (...). La matière dont elles sont composées est de nature végétale, elle est presqu'aussi dure que le bois mais moins cassante (...) et par sa nature, n'a rien à craindre des insectes ni des variations de la température atmosphérique. Dans l'état frais, elle est molle et susceptible de de prendre et de conserver toutes les formes les plus déliées, avantage qui m'a permis de donner [à ces pièces] des reliefs absolument identiques [à la réalité]. On ne peut se faire une idée plus exacte de la manière dont le sujet se décompose qu'en se rappelant la marche que l'on suit dans une dissection (...). Pour donner à cette pièce tout le degré d'utilité possible, une table synoptique indique par un numéro chaque pièce que l'on peut déplacer et par des lettres alphabétiques les détails qui s'y remarquent (...). Si ces pièces sont utiles aux médecins, de quel avantage ne seront-elles pas pour les peintres et les statuaires ! (...) A l'avantage que ces pièces ont sur tous les autres moyens que l'on a employé pour arriver au même but, il faut joindre celui d'être beaucoup moins dispendieuses. Tout le monde sait qu'une collection de pièces anatomiques soit préparées par dessiccation, soit en peinture ou en bois ou en cire, dans laquelle on retrouverait toutes les parties qui entrent dans la composition de l'homme, coûterait des millions. M. Auzoux fournit un sujet entier pour 30 000 francs. On peut voir ces pièces tous les jours, depuis midi jusqu'à 4 heures, au n°8 de la rue du paon [son domicile parisien]."

Auzoux se consacre dès lors exclusivement à la fabrication de modèles anatomiques et multiplie les modèles : homme entier (en différentes tailles), mais parties de corps humain à l'échelle 1 à l'exemple du bassin et utérus de femme complété par des embryons à différentes étapes d'évolution, ou grossies comme le sont l’œil ou le cœur. A partir de 1840, il développe des modèles d'animaux, dont un cheval grandeur nature mais également des insectes et un escargot, et de plantes vers 1860 (blé, pois de senteur, champignons...). A la veille de la première guerre mondiale, on compte plus de 326 modèles !

Pour satisfaire à une demande de plus en plus importante, qui vient à la fois des universités de médecine et des lycées, en France mais également à l'étranger (Angleterre, Allemagne, Espagne, Russie, Chili, États-Unis, Italie, Mexique...), le docteur Auzoux crée 1828, à Saint Aubin d'Ecrosville dans l'Eure, sa ville natale, une usine de fabrication qui comptera jusqu'une centaine d'employés. Afin que ses modèles soient parfaitement exacts, il forme tous ses employés, des gens du village, à l'anatomie. Cette politique de formation est poursuivie par ses successeurs. Un journaliste de L'Illustration, qui visite l'usine en 1897 raconte ainsi "Il y a là des vieillards, des adultes, de toutes jeunes femmes et même des enfants. Tout ce monde travaille côte à côte dans le plus grand silence. A peine un enfant distrait un instant par notre arrivée lève-t-il des yeux bleus, étonné de l'étonnement où nous sommes de le trouver en train de fabriquer un larynx avec autant de naturel qu'il en eut mis à faire tourner une toupie ou à lancer une balle".

Le travail s'organise en plusieurs étapes : la prise d'empreinte sur un cadavre, la création des moules en plâtre ou bois et métal, l'application des premières couches de papier mâché par la cartonneuse, le remplissage avec la pâte à papier appelée "terre" par le "terreur", le pressage puis le séchage, l'ajustage qui permet de respecter strictement les rapports anatomiques, la mise en place des vaisseaux sanguins, des nerfs et des membranes internes, puis enfin la peinture et le vernis. En 1845, la fabrication du modèle humain de 1,16 m destiné aux collèges royaux prend 126 jours, dont 58 pour la seule mise en peinture !

En 1833, il ouvre une boutique à Paris. Afin de diffuser largement les connaissances anatomiques, il accompagne la production de modèles par la publication d'ouvrages scientifiques, auquel il adjoint des catalogues de ses modèles... En 1839, le ministère de l'Instruction Publique rend les modèles d'Auzoux obligatoires dans les écoles, y compris dans les établissements agricoles, pour les études portant sur l'anatomie.

Il est fait chevalier puis officier de la Légion d'honneur en 1862.

A sa mort, en 1880, son beau-frère Hector Auzoux, également médecin, reprend l'entreprise. Lorsqu'il meurt, en 1903, c'est son neveu Amédée Montaudon qui lui succède. Son fils Jean lui succède à son tour en 1911 et développe des activités annexes comme l'édition de planches de zoologie et de botaniques, ainsi que de matériel d'études comme des coupes histologiques ou des lames de microscope avec des bactéries ou des écailles poisson, et du matériel de laboratoire comme des autoclaves ou des microscopes... et des maquettes d'avion de la première guerre ! En 1927, l'entreprise est rachetée par Henri Barral, qui rachète également la maison Tramond. Il ne reprend cependant que la partie de l'activité liée à la fabrication des modèles d'anatomie clastique. Il les fait même protéger d'éventuels bombardements en les enterrant dans la cour de l'usine au moment du débarquement allié. Après-guerre, l'essentiel de la production est à destination des États-Unis. En effet, les commandes de matériel pédagogique pour les lycées sont désormais centralisées par l’État et l'entreprise n'a pas remporté le marché. L'ainé des enfants, Bernard, qui a hérité de l'entreprise, constitue en 1955 "La société des établissements Auzoux". Il installe une nouvelle usine de production au Neubourg, dans l'Eure, teste plusieurs matériaux comme le plastique ou la fibre de verre pour réaliser les modèles et à partir des années 1980, produit des modèles en résine, moins onéreux, et crée de nouveaux moules en silicone. En 2002, l'entreprise est revendue à un tchèque qui dépose le bilan quelques mois plus tard. L'activité cesse définitivement en 2004.

En 1995, un musée consacré à l'histoire de l’entreprise a ouvert au Neubourg. Il conserve une grande partie des moules et de nombreux modèles.


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fabricant, (?), attribution par analyse stylistique, attribution par source

L'ensemble représente un œil très agrandi, avec toutes ses parties internes. Les muscles moteur situés à l'extérieur de l’œil ne sont pas démontables. Le modèle du lycée a conservé la lentille en verre représentant le corps vitré, placée à l'intérieur de la seconde enveloppe.

Pour réaliser ses modèles , le docteur Auzoux utilise la technique du papier mâché moulé. Il commence par réaliser une empreinte sur un cadavre. Cette première empreinte donne lieu à la fabrication d'un moule en darset, alliage métallique résistant issu de l'imprimerie composé de 50% de bismuth, 25% de plomb et 25% d'étain, installé ensuite dans un support en bois qui en épouse la forme. Ce support permet au moule de résister à la pression qu'il subit pendant la seconde phase de la réalisation des pièces. Une fois le moule réalisé, le "cartonneur" le tapisse de plusieurs épaisseurs, jusqu'à 12, de papier découpé en petits morceaux enduits avec de la colle. Avant que cette première épaisseur ne soit totalement sèche, le "terreur" remplit le moule avec la "terre", un mélange de papier, de colle de farine, de liège, de filasse hachée et de blanc de Meudon. Les deux parties du moule, celle inférieure et celle supérieure qui représentent les deux faces de chaque pièce anatomique (que l'on pourrait comparer à un camée et une intaille) sont ensuite rassemblées et mises sous presse pendant plusieurs jours, avec une pression qui augmente sans arrêt, poussant ainsi la "terre" et le papier collé dans les moindres détails du moule. Le démoulage se fait sans attendre le séchage complet afin de pouvoir retirer le moulage sans qu'il adhère au moule. Une fois démoulée, la pièce sèche pendant environ 30 jours. Elle est ensuite confiée à un "ajusteur" qui retire les imperfections liées à la fabrication, vérifie la parfaite imbrication des différentes pièces d'un modèle les unes dans les autres et procède au "ra-papillotage", c'est à dire recouvre le modèle d'une couche de papier fin qui va servir de support à la peinture. Il installe aussi les systèmes de fixation des pièces entre elles (crochets ou tenon/mortaise). Les vaisseaux, qui sont ensuite cloués sur la pièce, sont fabriqués avec des fils de fer entourés de filasse encollée. Les nerfs sont réalisés avec du chanvre peigné, et les membranes internes de certains organes avec du péritoine de bœuf renforcé avec du vernis... d'autres matières sont également utilisées afin de rendre les textures les plus réalistes possibles. On trouve ainsi de la semoule, de la nacre, de la mousse, du parchemin... Dans sa "Notice de préparations artificielles" de 1825, Auzoux précise que "tous les os sont entièrement artificiels" et que "toutes les parties réunies sont recouvertes par une enveloppe qui imite la peau". Le modèle est ensuite peint (pigments minéraux liés à la colle d’esturgeon), y compris les noms des organes ou des numéros renvoyant à un livret d'accompagnement. la "Notice" de 1825 insiste sur l'attention portée à cette dernière étape : "Les couleurs sont naturelles. Le blanc nacré des tendons et des aponévroses a surtout fixé l'attention. Les fibres charnues sont imitées (...) et les veines et les artères présentent les couleurs qui leur sont propres." La pièce est ensuite vernie. Une fois achevée, cette dernière est donc résistante aux déformations, aux rayures, à l'humidité et peut être manipulée sans risquer de la casser.

Structures produit élaboré d'origine végétale
Matériaux papier mâché, en un seul élément, moulé coulé
chanvre
fer
glace claire
Mesures l : 30.0 cm
la : 20.0 cm
h : 24.0 cm

Références documentaires

Bibliographie
  • GIRES, Francis (Dir.). L'empire des sciences... naturelles : cabinets d'histoire naturelle des lycées impériaux de Périgueux et d'Angoulême. Niort, ASEISTE, 2013.

  • AUZOUX, Louis, Thomas, Jérôme. Notice sur les préparations artificielles de M. Auzoux, docteur en médecine. Paris : autoédition, 1825.

  • AUZOUX, Louis, Thomas, Jérôme. Catalogue des préparations d'anatomie clastique du docteur Auzoux. Paris : autoédition, 1853

  • AUZOUX, Louis, Thomas, Jérôme. Leçons élémentaires d'anatomie et de physiologie humaine et comparée, seconde édition. Paris : Labé, 1858

  • RUIZ, Guillaume. Les modèles en papier mâché du docteur Auzoux au musée de l’École Vétérinaire d'Alfort. Thèse pour le doctorat vétérinaire, soutenue devant la Faculté de médecine de Créteil, 2010. theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1211

  • CHANAL, Nicolas. L'anatomie clastique de Louis Auzoux, une entreprise au XIXème siècle. Thèse pour le doctorat vétérinaire, soutenue devant la faculté de médecine de Créteil, 2014. theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1742

  • DEGUEURCE, Christophe. Corps de papier : l'anatomie en papier mâché du docteur Auzoux. Paris : La Martinière, 2012

  • DRUHLON Jimmy. Modèles anciens d'anatomie. Collection des établissements du Dr Auzoux. Anatomie humaine. Anatomie animale. Anatomie végétale. Catalogue de la vente Auzoux chez PIASA. Librairie Alain Brieux : Paris, 1998.

(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - GIRARD Karine
Karine GIRARD , né(e) GIRARD (02 septembre 1967 - )
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