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Maisons, immeubles

Dossier IA59004995 réalisé en 2012

Fiche

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Saint-Amand-les-Eaux, une ville établie autour de l’abbatiale.

Quelques vestiges de l'architecture du XVIIe siècle ?

La vue cavalière de la ville parue dans l’Atlas Lepoivre (1579) permet de comprendre l’importance de l’usage défensif de la rivière, doublée de remparts, le tout protégeant la ville, centrée autour de son abbaye.

Pour l’analyse du bâti, cette image est bien entendu insuffisante. Néanmoins, par comparaison avec les plans du XVIIIe siècle, il est possible d’affirmer que l’habitat y est concentré dans les îlots situés au sud et face à l’entrée de l’abbaye, approximativement depuis l’actuelle rue du Bruille à la rue Davaine, l’actuelle rue de Valenciennes ne semblant pas y être lotie.

La première représentation de la ville où l'on peut appréhender l'habitat est la vue cavalière réalisée vers 1645 par le chanoine Sanderus, théologien et historien qui a parcouru la Flandre romane et gallicane en compagnie de dessinateurs géomètres.

On y reconnait deux, voire trois des îlots existants aujourd’hui, situés entre l’actuelle rue d’Orchies et rue de la Poste ou la rue Davaine. Ils sont lotis de maisons implantées en alignement sur rue, le centre des îlots est vierge ou loti d'édifices implantés perpendiculairement aux premiers. Les maisons y sont en rez-de-chaussée, couvertes d’une toiture en tuile (? toit rouge) ou ardoise (? toit bleu), quelques édifices possèdent une façade-pignon à redent. L’actuelle Grand’Place était occupée par des douves qui entouraient l’abbaye, accessible par une porterie. L’habitat bordait et clôturait cet espace, qui le fut jusqu’au début du XXe siècle, comme en témoignent les cartes postales.

Le repérage a permis la découverte d’un élément architectural qui pourrait s’avérer contemporain du plan de 1645 de Sanderus. Il s'agit d'une aile construite perpendiculairement à une autre située en alignement sur la rue de Tournai (fig. 1). Une analyse attentive de cet édifice permet de constater que la disposition intérieure ainsi que les certains percements sont le résultat d'aménagements datables du XVIIIe et XIXe siècles ayant modifié l'édifice originel, qui conserve néanmoins des caractéristiques de l'architecture du XVIIe siècle : ouvertures basses et étroites couvertes d’arcs en anse de panier, voûtains petits et étroits, forte pente de la toiture, forme étroite et fine des briques du pignon. Celui-ci, conforté d'un chaînage d’angle en pierre sur un soubassement en grès, a été restauré.

Non loin de cet édifice, deux autres ensembles (fig. 2, 3) présentent la même disposition et les mêmes caractéristiques architecturales qui s'apparentent aux édifices représentés sur le plan de Sanderus.

Parmi les éléments datables de cette même époque, quelques cartouches datables de l’époque de la reconstruction de l’abbaye, réutilisés dans les murs (fig. 4) et élévations de maisons et clôtures subsistent. Le musée de la Tour abbatiale conserve plusieurs pierres provenant de collections privées portant les armes de l’abbaye, de l’abbé Dubois et d’Honoré et Mulet.

A quelque distance de la place et de l’abbaye, rue de Tournai, une ancienne ferme (fig. 5) est close par un mur conservant un cartouche avec armoirie datée 1644. La ferme a été réaménagée à plusieurs reprises, le logis, les étables et chartil ont été construits ou reconstruits aux XVIIIe et XIXe siècles. La partie la plus ancienne conservée est la grange.

Evolution de l'architecture après la conquête française ?

Un corpus d'habitations à deux niveaux en pierre sur un sous-bassement de grès, percé d'ouvertures en arc en anse de panier a été repéré. Cette typologie s'apparente à l'architecture dite "classique" qui apparaît au XVIIIe siècle dans plusieurs villes du Nord (Lille, Douai, Cambrai ou Valenciennes) devenues françaises en 1667 suite aux guerres de conquête de Louis XIV.

Des maisons de ce type sont encore visibles dans le centre bourg, Place d'Armes (fig. 6), dans les rues de l'Eglise (fig. 7), de Valenciennes (fig. 8), de Tournai et de Condé. L'ancien corps de garde (fig. 9) situé Grand'Place est le seul édifice public qui conserve en façade les caractéristiques de cette architecture.

Un immeuble situé 3 rue de la Poste (fig. 10), qui pourrait dater de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle, constitue un unicum sur la ville de saint-Amand par la mise en oeuvre de étage attique percé d'occuli.

Développement de la ville au XIXe siècle

Le lotissement des rues de Valenciennes et de Condé (aujourd’hui Louise de

Bettignies) (fig. 11) se poursuit au cours du XIXe siècle.

A partir du milieu du XIXe siècle, la ville connaît surtout un développement industriel dans le centre et vers le sud de la ville, dans le quartier Moulin des Loups. Ce phénomène est lisible par la comparaison des cadastres de 1817 et 1887 et le dépouillement des sources d’archives. L’industrie agro-alimentaire s’installe à partir du milieu du XIXe siècle, l’industrie métallurgique un peu plus tard, à partir de 1870 environ, grâce à la construction de la gare, la navigation et le développement du transport sur la rivière de la Scarpe. L’habitat, lié à cette croissance, constitué essentiellement de maisons patronales (fig. 12 à 18) et de maisons ouvrières en série, est construit dans le centre. Les entrepreneurs s'installent non loin de leurs entreprises et donnent des allures de maisons de maître de style éclectique à leurs maisons.

Au début du XXe siècle, les notables investissent la rue Mathieu-Dumoulin (fig. 19) et l’actuelle avenue du Clos (fig. 20), rues nouvelles, qui présentent encore aujourd’hui un bel éventail d'une production architecturale singulière et éclectique qui a fleuri depuis le début du XXe siècle jusqu'aux années 1960 (fig. 21

à 26).

Des maisons ouvrières en alignement (fig. 27 à 29) sont construites par la coopérative « La famille ouvrière » entre 1923 et 1925 dans le bourg, à la limite du centre occupé par les maisons plus anciennes, ainsi que dans le faubourg industriel du Moulin des Loups. Un ensemble de maisons jumelles mises en oeuvres et disposés selon les caractéristiques de la cité-jardin (fig. 30) est établi pendant l'Entre-Deux-Guerres au nord du bourg.

Un alignement de maisons en rez-de-chaussée formant une petite cité de logements provisoires (?) (fig. 31) ont vraisemblablement été construits pour loger les ouvriers des industries installées au sud de la gare.

Urbanisation de la ville au cours de la 2e moitié du XXe siècle

La ville se développe assez peu pendant cette période ; quelques beaux exemples d’architecture construits entre 1950 et 1970 sont construits dans le centre (fig. 32 à 34). Les vues aériennes anciennes (fig. 34) permettent de constater une densification du centre ville au milieu des années 1960 par la construction d'habitat individuel et d'habitat collectif dans une zone non investie jusque alors, au nord de l'ancienne abbaye, où étaient le jardin et le vivier de l'abbaye.

Les typologies

L'habitat

Le type d'habitat le plus courant est la maison implantée en bordure de parcelle le long de la chaussée, élevée sur deux niveaux, en brique, couverte d'un toit à longs pans en tuiles. L'ardoise y est moins fréquemment utilisée. Des élévations à trois niveaux sont peu fréquentes.

Quelques rares exemples du XVIIe et du XVIIIe siècles sont conservés s'organisent selon une disposition de plan en L, l'aile en retour sur l'arrière de la parcelle étant plus ou moins développée. Cette disposition disparaît au XIXe siècle.

L'actuelle rue Davaine abritait jusqu'au début des années 1990 quelques beaux exemples d'hôtel particulier organisés comprenant un logis en L et des dépendances complétant l'ensemble formant un U. Le premier de la rue (cadastre 1817 parcelle 925, 926) était l'habitation du prévôt Flescher (fig. 35 à 37).

Les dépendances étaient souvent occupées par des activités artisanales ou proto-industrielles ; dans cette même rue, appelée encore rue du Prévost sur le cadastre de 1817, les dépendances voisines de l'hôtel particulier abritaient la faïencerie Dorez, plus loin dans la rue était installé la faïencerie Desmoutiers, une fabrique de lin et une vinaigrerie.

Les maisons les plus anciennes, datant du XVIIIe siècle, sont élevées en pierre calcaire sur un soubassement et d'un toit à croupe ou à longs pans.

La plupart des maisons construites à la fin du XIXe et au cours du 1er quart du XXe siècle sont mitoyennes, par série de deux ou plus formant des alignements.

L'architecture rurale

L’architecture rurale est peu présente dans le centre bourg de Saint-Amand, et souvent assez transformée. Sur le cadastre de 1817 sont indiquées quelques fermes en U ou à cour fermée, aujourd’hui noyées dans le tissu urbain et l’habitat du centre. Vingt et une fermes ou corps de logis de ferme ont été repérées, ainsi que cinq fermes-usines.

L'Architecture commerciale

Les boutiques et commerces sont peu présents sur la commune de Saint-Amand-les-eaux ; ils sont localisés dans le centre, sur la Grand'Place et dans les rues commerciales voisines que sont les rues d'Orchies et Thiers.

Les cartes postales (fig. 38 à 40) illustrent les boutiques anciennes à simple devanture en bois vitrée qui ont disparu après la première guerre mondiale pour laisser place à des édifices plus remarquables, comme par exemple la banque installée à l'angle de la rue d'Orchies et la rue de Tournai (fig. 41, 42). Après la première Guerre, d'autres commerces de style néo-flamand sont construits, tels que la "taverne" (fig. 43) construite par l'architecte lillois Lecocq sur la place de l'église ou la maison et la boucherie Blauwart sur la Grand'Place. Un seul exemple est de style néo-normand (fig. 44). L'exemple le plus remarquable par son ampleur - l'architecture et son décor servent le projet de son propriétaire - est le café des Sports (IA59005009) construit dans un style un peu moderniste pour un distillateur et décoré par le peintre valenciennois Lucien Jonas.

Il est à ajouter à ce corpus une exemple d'architecture plutôt artisanale que commerciale : l'échoppe d'un maréchal ferrant installé au rez-de-chaussée d'une maison datant du XVIIIe siècle rue Thiers. Son activité était identifiable par une enseigne symbolique (fig. 45) gravée dans le mur.

Les Immeubles

La ville compte très peu d'immeubles à logements. La plupart d'entre eux date de la fin du XIXe siècle (fig. 46) ou des années 1950 (fig. 47).

Aires d'études Saint-Amand-les-Eaux
Dénominations maison, immeuble à logements
Adresse Commune : Saint-Amand-les-Eaux
Lieu-dit :

Les plans et vues cavalières représentant la ville de Saint-Amand-les-Eaux ont été réalisés en majeure partie pour témoigner de la magnificence de l’abbaye. L’ensemble de la ville et ses limites sont également représentés sur ces documents, la comparaison de ces sources permet de constater la stabilité de l’urbanisme de la ville.

En dehors de ces plans, nous ne disposons pas de sources écrites ou figurées montrant les élévations des maisons de Saint-Amand. Aucun plan, ni autorisation à bâtir ou relevé ne semble être conservé permettant d’identifier des maisons anciennes. Seul le règlement sur les bâtiments de 1836 donne quelques indications sur la construction des nouveaux édifices de la seconde moitié du XIXe siècle.

La compréhension de l'évolution de la ville et de son architecture, la définition des typologies a été possible par l'observation systématique de l'ensemble du bâti de la ville.

L’actuel cadastre compte 7971 parcelles bâties sur l'ensemble de la commune.

Le recensement INSEE de 1999 dénombre 7034 maisons sur l'ensemble du territoire, sans distinction entre le centre ville et les faubourgs. Sans repérage systématique pour les faubourgs, il est difficile de mettre en rapport les chiffres du repérage et ceux de l'INSEE.

Le repérage de 1449 édifices dans le centre bourg est néanmoins exhaustif. La maison d'habitation, avec ses variantes, y constitue la typologie la plus importante. Quelques immeubles, cités-jardins, fermes et commerces complètent le corpus de typologies.

Les périodes de construction des édifices repérés conservés s'établissent, par ordre d'importance, la fin du XIXe siècle, puis celles du premier quart du XXe siècle puis celles de la fin du XVIIIe siècle.

Annexes

  • Extrait du Cahier des charges et méthodologie

    Extrait du Cahier des charges

    Contexte

    Le travail de terrain de cette ville a été menée en collaboration par le chargé d’étude patrimoine bâti du Parc naturel régional et un chercheur de la Mission de l’Inventaire du Service du patrimoine culturel du Conseil régional Nord-Pas de Calais. Le service du Patrimoine culturel apporte son expertise et approfondit l'approche urbaine et le dépouillement des archives. Les dossiers sont réalisés par l'Inventaire général du Patrimoine Culturel.

    La méthodologie

    Le centre-ville et les faubourgs ont fait l’objet de deux approches différentes.

    Le repérage du centre-ville - délimité par l'analyse historique - a été réalisé de manière systématique, selon les critères et méthode de l’Inventaire général. Chaque parcelle bâtie et chaque maison ont été identifiées et recensées quand elles s’avéraient répondre aux critères de repérage (homogénéité, peu de remaniement en façade, construction antérieure à 1940 ou digne d’intérêt si plus récente, etc.).

    Les faubourgs ont été abordés différemment ; le bâti agricole a été repéré de manière systématique, les ensembles d'habitat issus de l'architecture industrielle ont été repérés selon des critères typologiques par série avec simple pointage sur la carte, sans être repris dans le tableau de repérage.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Nord. Série P 3P / 783 : matrices cadastrales de 1921.

Liens web

(c) Région Nord - Pas de Calais - Inventaire général - Luchier Sophie