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Lycée Gambetta à Tourcoing

Dossier IA59004486 réalisé en 2013

En 2009, "Gambetta" doit faire l'objet d'un important programme de travaux de restructuration porté par la Région. Il devient donc urgent d’engager un travail de recensement et de documentation du patrimoine architectural de ce lycée construit en 1885 et à peine modifié jusqu'à aujourd'hui, ainsi que de ses très riches collections pédagogiques.

L'étude s'est appuyée sur les très nombreux documents conservés aux archives municipales de la ville ainsi qu'au lycée. Elle a mis en évidence un bâtiment typique de l'architecture rationaliste du XIXème siècle, organisé à l'image des grands établissements parisiens autour d'un plan en grille, mais présentant cependant des particularités comme des bâtiments spécifiquement dédiés à l'enseignement des sciences ou la présence d'une chapelle. Elle a également permis de redécouvrir une très riche collection d'instruments de physique, et un exceptionnel ensemble de modèles en plâtre utilisés pour l'enseignement du dessin.

Appellations Lycée Gambetta
Destinations lycée
Dénominations lycée
Aire d'étude et canton Nord - Pas-de-Calais - Tourcoing-Nord
Adresse Commune : Tourcoing
Adresse : 80 boulevard Gambetta
Cadastre : 2014 000 HZ 01 2 ; 1885 D8 4094, 4095, 4096

Les prémices :

A Tourcoing, depuis 1838, l'enseignement secondaire était assuré par les pères Récollets dans les locaux d'une ancienne filature loués par la ville. En 1881 ce bail arrive à échéance, dans un contexte marqué par les vifs débats suscités par les lois de Jules Ferry sur la laïcité de l'enseignement. Elles ne concernent au départ que l'enseignement primaire, qui devient gratuit et obligatoire pour les garçons et les filles de 6 à 13 ans et interdisent aux ministres du culte de surveiller, d'inspecter et de diriger des écoles... Elles sont étendues à l'enseignement secondaire en 1886.

Le Ministère de l'Instruction Publique, désireux de voir s'installer des établissements qui vont soustraire les enfants à l'influence du clergé et de créer une culture commune autour des valeurs républicaines, encourage la ville de Tourcoing à construire son propre établissement. Le Ministère propose ainsi de prendre en charge la moitié des dépenses d'acquisition du terrain, de construction des bâtiments et d'aménagement des locaux.

Le 23 août 1881, après la lecture du rapport rédigé par le conseiller municipal Sasselange, pour qui la ville ne saurait "refuser de s'associer à œuvre entreprise par le gouvernement de la République : la régénération de la France par l'instruction", le conseil municipal décide de la construction d'un lycée d'enseignement spécial, dont les équipes enseignantes et de direction seront exclusivement laïques, conformément à loi Ferry.

A la différence des lycées d'enseignement classique qui accordent la priorité à l'enseignement des humanités (particulièrement à celui du latin et d'histoire ancienne), le lycée d'enseignement spécial privilégie un enseignement professionnalisant adapté aux besoins du développement économique du territoire. Les enseignements de mathématiques, de physique et de sciences naturelles, appuyés sur l’expérimentation bien plus que sur des cours théoriques ex cathedra, ainsi que celui des langues vivantes y sont primordiaux. Les élèves bénéficient également, en plus des cours de comptabilité et de "législation", de cours de dessin, de musique, de sport... et "de morale privée et publique". Le latin, quant à lui, reste facultatif et ne concerne que les deux dernières années du cursus ! Le baccalauréat délivré par le lycée permet de s'inscrire en licence de sciences et d'accéder à la faculté de médecine. Le lycée comprend deux classes primaires (enfants de 8 à 10, puis de 10 et 11 ans), une classe préparatoire (enfants de 11 et 12 ans), qui forment le petit collège, puis 3 classes de 2ème, 3ème et 4ème année qui forment le grand collège.

Crée par Victor Duruy en 1865, l'enseignement spécial connait tout de suite le succès car répondant mieux aux attentes de la petite et moyenne bourgeoisie. Il compte environ 17 000 élèves en 1865 et 23 000 en 1876. Les deux tiers des élèves dont l'origine familiale est connue viennent de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. 72% de ceux dont on connaît l'orientation se dirigent vers ces branches d'activité. L'enseignement spécial débouchait donc effectivement sur la vie active.

Au moment où est prise la décision de créer le lycée de Tourcoing, seuls trois autres lycées de ce type, c'est à dire exclusivement consacrés à l'enseignement spécial, existent en France, à Cluny, Pontivy et Mont de Marsan (voir notice consacrée à cet établissement par le service de l'Inventaire de Nouvelle Aquitaine, accessible par les liens Web). Pour le rapporteur Sasselange, Tourcoing a grand besoin de ce lycée. Il répond, en effet "aux besoins réels et inhérents à la constitution de notre société. La France n'est pas seulement peuplée de lettrés et d'ouvriers. Les études classiques ne sont que l'apanage du petit nombre, ceux qui se destinent aux carrières libérales (...). Mais à côté de ces privilégiés, la démocratie n'avait jusqu'ici à sa disposition que l'école primaire (...). Il y a là une injustice à laquelle il faut mettre un terme, ce que nous faisons ici avec le lycée d'enseignement spécial. (...). Il y a une série de situations de plus en plus large qui vont du contremaître au directeur, au comptable, à l'ingénieur, à l'homme de hautes affaires (...) auxquelles notre système actuel d'éducation ne prépare pas. L'enseignement spécial viendra combler cette lacune, il produira des hommes vraiment instruits et des citoyens qui pourront gravir les degrés des positions ouvertes aujourd'hui à tous, par le travail et l’intelligence."

La construction de Gambetta se situe à la fin de la grande vague de constructions de lycées neufs de la IIIème République.

Les réactions dans la presse :

La presse relaye largement les réactions suscitées par la création du lycée. Elle reflète les deux courants de pensée majoritaires : celui des républicains, favorables à la création de l'établissement, et celui des conservateurs catholiques qui y sont opposés.

Pour les premiers, qui s'expriment par l'intermédiaire du Petit Nord, le lycée va permettre de "répandre la lumière, faire une guerre acharnée à l'ignorance". Il est le fruit des "amis de la liberté et de la science, partisans obstinés de l'émancipation du peuple (...) contre la Réaction qui veut livrer le monde aux classes dirigeantes et entend condamner le peuple à n'être qu'un troupeau". Il fera "des hommes intelligents, raisonnables, sains de corps et d'esprit, bien armés pour défendre leurs intérêts personnels et ceux de leur pays. L'enseignement spécial a pour but, non d'apprendre à faire des vers en mauvais latin, mais d'apprendre à (...) diriger son commerce et son industrie de la manière la plus sûre possible ; alors qu'au même âge un élève (qui) sort du collège de Tourcoing et doit entrer dans le commerce, commence par oublier tout ce qu'il a appris et s'efforce d'apprendre tout ce qu'il a besoin de savoir."

Les seconds exposent leurs opinions dans La gazette de Tourcoing et L'écho de Tourcoing. Pour eux, l'objectif du lycée n'est pas, contrairement à ce qui est déclaré, de lutter contre l'ignorance mais bien de lutter contre l'église catholique et son implication dans l'enseignement. Il est perçu à la fois comme une provocation et comme une offense aux sentiments religieux prêtés à la majorité de la population de la ville : "un établissement laïque, et quand (on) dit laïque il faut lire impie et irréligieux, répugnerait au sentiment tourquennois", ou encore "Un enseignement laïque, c'est à dire athée, conduit au matérialisme, destructeur de la morale et de l'autorité", "Le lycée est le moyen de déchristianiser notre ville. Il en sortira des bataillons destinés à combattre les anciennes traditions tourquennoises". Enfin, "Les lycées ne sont pas à l'usage des enfants du peuple. L'éducation complète est un privilège des classes élevées (...) ; Ce qu'il faut aux enfants du peuple c'est un enseignement primaire convenable".

Les diatribes répétées de la presse catholique contre ce nouvel établissement ne parviendront cependant pas à infléchir la décision du Conseil Municipal, qui juge néanmoins utile d'indiquer, lors de sa séance du 8 août 1882, que la présence d'une chapelle et d'un aumônier à l'intérieur du lycée prouvent que l'enseignement n'est pas "antireligieux". Il précise également "que les devoirs religieux seront accomplis en dehors des heures d'enseignement", ce qui correspond aux dispositions législatives alors en vigueur.

Le projet et ses évolutions :

Les 24 000 m2 de terrain devant accueillir le lycée sont situés entre un canal en percement et le boulevard nouvellement tracé (1880), reliant Roubaix à Tourcoing. Même s'il s'agit là d'un des principaux axes de développement entre les deux villes textiles alors en plein extension démographique, le lycée est installé dans une zone encore très rurale.

L'architecte choisi par le conseil municipal, sans qu'il y ait eu d'appel d'offre ou de mise en concurrence, est le lillois Carlos BATTEUR, ancien élève des Beaux-Arts et prix de Rome, qui vient d'achever le projet de la Faculté Mixte de Médecine et de Pharmacie de Lille dont les travaux seront terminés en 1892. Le programme architectural doit permettre d'accueillir 500 élèves, pensionnaires, demi-pensionnaires et externes. Le grand et le petit collège doivent être dans des locaux séparés. Le nombre d'élève par classe ne doit pas dépasser 40. En dehors des salles de classe pour les matières classiques, le lycée doit comprendre un grand laboratoire de physique pour les élèves et un petit pour le professeur, plusieurs laboratoires de chimie (dont un pour le professeur), une salle de classe et des salles de collections pour les sciences naturelles, une classe de géographie, trois classes de dessin, deux salles de musique (dont une avec un piano), une salle de gymnastique pour l'escrime et une pour la danse. Sont également prévus une chapelle, une infirmerie, une bibliothèque, tout ce qui est nécessaire à la vie d'un internat (dortoirs, réfectoires et salles de bain, buanderies, cuisines...) et des logements pour le personnel.

Entre novembre 1881 et la validation définitive en décembre, trois projets successifs ont été proposés par l'architecte pour intégrer les remarques et les modifications demandées par le Conseil des Bâtiments Civils, commission nationale chargée de valider les plans des établissements bénéficiant d'un financement de l’État.

Dans le premier projet l'architecte fait la part belle à l'architecture régionale, en particulier dans la forme des ouvertures et des couronnements de travées ou dans le mélange des matériaux : brique rouge, brique émaillée, pierre, en particulier pour les bâtiments de la cour d'honneur. Il indique ainsi, dans le texte accompagnant la remise du projet, que "la construction sera simple, aussi riante et élégante que possible. A cet effet, on a employé comme moyen de décoration le mélange de la brique et de la pierre, rehaussé par quelques points de couleurs vives fournies par des briques émaillées, des faïences et des mosaïques. Pour les bâtiments de la cour d'honneur, on a prévu de la pierre en plus grande quantité, mais dans les bâtiments des ailes et des classes, elle sera très économiquement employée et on y substituera des briques de couleurs diverses dont le mélange est très riant à l’œil".

Les différents ensembles sont organisés autour de cours et reliés entre eux par des galeries couvertes laissant circuler l'air et la lumière. Les salles d'enseignement sont situées dans les bâtiments les plus éloignés du boulevard, à la fois pour bénéficier d'un environnement plus calme, mais également pour matérialiser la rupture entre la vie quotidienne extérieure au lycée et celle studieuse menée par les élèves une fois les portes franchies. Chapelle, infirmerie et dortoirs devaient être installés dans les étages du bâtiment médian (B), tandis que le proviseur, le censeur, l’aumônier et l'économe bénéficiaient de petits pavillons individuels entourés de jardins situés sur le boulevard. L'entrée se faisait par une entrée monumentale ressemblant à un arc de triomphe, donnant directement sur la cour d'honneur.

Cette proposition, adoptée par le conseil municipal de novembre 1881, est rejetée par le Conseil des Bâtiments Civils qui en dénonce le manque de symétrie, de monumentalité et d'équilibre. L'opposition existait aussi au conseil municipal, puisque lors de cette même séance, un des conseillers trouve que "le projet de Monsieur Batteur ressemble à une cité ouvrière". L'architecte propose donc un second projet en 1882 qui sera adopté... mais modifié plusieurs fois sur des détails jusqu’au début des travaux en 1883 pour suivre les directives du ministère (déplacement des cuisines, augmentation du nombre de baignoires dans l'internat...). Directives d'autant plus suivies, que de l'avis même du maire (conseil municipal de 1882), elles conditionnent le versement des subventions du Ministère de l'Instruction Publique... Dans un courrier de 1882 adressé par l'architecte au Conseil Municipal, celui-ci affirme "Nous n'avons pas, croyons-nous, à nous étendre d'avantage sur l'explication de nos plans, qui ont été plusieurs fois remaniés sur les avis de la Commission Scolaire, avis que nous avons toujours cherché à suivre et que nous avons toujours acceptés sans discussion".

La distribution des espaces à l'arrière des façades est modifiée : la chapelle est reportée en rez-de-chaussée au bout d'une aile, l'infirmerie est devenue un bâtiment autonome séparé des autres par une cour d'isolement, un seul gymnase est créé en lieu et place des différents espaces initialement prévus, et les pavillons et jardins individuels pour le personnel de direction ont disparu. L'aspect extérieur est, lui, profondément bouleversé. Désormais, l'arrière du lycée est entouré d'un mur qui, joint aux bâtiments, forme un enclos totalement isolé de la rue. Le boulevard Gambetta présente une façade ordonnancée de 144 mètres, bâtie sur 2 niveaux et rythmée par des pavillons en avant-corps de 3 niveaux où la brique est uniquement utilisée en élément de remplissage. Les baies ont désormais toutes la même forme, seule leur taille change en fonction du niveau de façade. Dans un courrier adressé au ministère expliquant les modifications apportées au projet, l'architecte indique ainsi que "pour ce qui est des façades, nous avons réussi à les rendre absolument régulières et symétriques". Les motifs calepinés en briques émaillées, les couronnements des chaînes d'angle des avant-corps, les bandeaux horizontaux faisant alterner briques et pierre, la toiture en zinc surmontée d'une crête et d'épis de faîtage métalliques, les grilles et les arbres ont disparu, de même que l'entrée monumentale, remplacée par un hall d'honneur.

Ainsi, l'élévation définitive de la façade du lycée traduit dans l'architecture le divorce idéologique entre les enseignements publics et catholiques. Ainsi, le néo-classicisme de la façade du lycée traduit également, de par ses références aux cultures latines et grecques, les convictions laïques et républicaines des commanditaires, le néo-gothique mâtiné de régionalisme étant au contraire devenu la référence quasi-exclusive des établissements confessionnels.

Après la création des trottoirs devant le lycée, en mai 1887, le lycée est complété une dernière fois en 1888, avec l'amélioration qualitative et quantitative de l'approvisionnement en eau, la construction d'ateliers pour le travail du fer et du bois (ainsi que l'acquisition des machines), l’installation de 13 nouvelles cabines avec baignoires dans les salles de bain communes ("les élèves prenant un bain tous les 15 jours alternativement avec un bain de pieds" - courrier du directeur de l'établissement au ministère demandant la réalisation des travaux), la transformation du jardin de l'infirmerie en jardin botanique, la mise en place de grilles sur les fenêtres donnant sur le boulevard et la construction d'un réfectoire et d'une bibliothèque spécifiques pour les maîtres répétiteurs.

La réalisation et le financement :

Une fois les plans validés par Jules Ferry, le décret de création d'un Lycée d'Enseignement Spécial paraît au Journal Officiel le 28 mai 1882. L’État indique par courrier à la municipalité qu'il prendra en charge la moitié des dépenses et autorise la ville à recourir à l'emprunt auprès de la caisse des Écoles pour le reste de la somme. Le budget prévisionnel du projet est de 2 318 449 francs, répartis entre l'acquisition des terrains pour 387 000 francs et la construction du bâtiment et ses équipements pour 1 931 449 francs. A titre de comparaison, le lycée Lakanal, construit à Sceaux par Anatole de Baudot entre 1883 et 1885 pour accueillir 720 internes a coûté environ 8 millions de francs, matériel pédagogique compris. Une fois certaine de la participation financière de l’État, la ville engage les procédures d'expropriation pour acquérir le foncier nécessaire à la construction du lycée. Pour compléter le financement du projet, la ville décide également de vendre ce qui se trouve sur les terrains nouvellement acquis : le bois (2 chênes, 1 poirier, 1 pommier, 4 ormes et 300 mètres de haies...) mais aussi les matériaux réutilisables tirés de la démolition des maisons...

Les plans, devis et cahiers des charges ayant été entérinés par l’État le 21 août 1882, la ville lance les marchés d'adjudication pour le gros œuvre en juin 1883. L'appel d'offre est affiché et publié au Journal Officiel, ainsi que dans le Moniteur des Travaux publics, La semaine des constructeurs et 11 journaux locaux... Le marché est divisé en plusieurs lots : terrassements (33 500 francs), maçonnerie (640 475 francs), charpentes (150 500 francs), couverture (66 200 francs), ferronnerie et quincaillerie (152 600 francs), peinture et vitrerie (57 500 francs). Le cahier des charges qui accompagne l'appel d'offre détaille la nature de chaque matériau (par exemple les ardoises doivent venir de Fumay), l'emplacement où il doit être employé et sa mise en œuvre (ainsi sur les bâtiments en façade les briques doivent être jointoyées à l'anglaise mais un joint simple suffit pour les bâtiments sur cour). Le coût du mètre carré de construction est estimé à 220 francs pour les bâtiments à deux étages (soit un coût équivalent à celui de la faculté de médecine de Lille construite par Batteur au même moment) et à 140 francs pour ceux ne comportant qu'un rez de chaussée. Huit entrepreneurs, installés à Lille, Roubaix ou Tourcoing répondent à l'appel d'offre. C'est Augustin Masquillier, un tourquennois, qui est finalement choisi le 4 août 1883. Il est assisté de Séraphin Bersoux, "piqueur des travaux", c'est à dire contremaître. Les travaux débutent dès la fin du mois d’août.

Un lot mobilier, lui-même subdivisé en plusieurs marchés (mobilier pour les classes, mobilier pour le personnel, matériel de cuisine, tuyauterie de gaz, appareils d'éclairage, chaudières, calorifères, plomberie - lavabos et sculptures), vient plus tard compléter ce premier appel d'offre. A l'époque de la construction du lycée, l’équipement mobilier des salles de classes (meubles et matériel) représente à peine 30% du coût général de l'équipement mobilier global d'un lycée. Pour les lots de mobilier, l'architecte a poussé le détail jusqu'à dessiner l'ensemble des meubles des appartements de fonction, des salles de classe et d'étude, de la chapelle et même de l'infirmerie !

Les décorations extérieures du bâtiment (des médaillons représentant des savants illustres et des symboles de la République) sont confiées, hors appel d'offre, à Monsieur André Laoust, sculpteur à Roubaix.

La pose de la première pierre :

La fête pour la pose de la première pierre a lieu le 4 novembre 1883, après avoir successivement été envisagée le 14 juillet puis le 28 octobre de la même année. Pour la municipalité, il s'agit de célébrer le démarrage du chantier et d'affirmer le rôle républicain du lycée. C'est pourquoi il avait même été envisagé que Jules Ferry, ministre de l’Éducation participe à la cérémonie. Si ce dernier décline l'invitation en raison de ses obligations parlementaires, c'est tout de même Waldeck - Rousseau, alors ministre de l'Intérieur qui assiste à la cérémonie au nom du gouvernement.

Annoncée par voie d'affiche, la cérémonie prévoit, après l'accueil des officiels à la gare, un parcours du cortège officiel, en voitures à cheval louées pour l'occasion, entre la gare et le lycée pour la pose de la première pierre, puis entre le lycée et l'hôtel de ville où est donné un banquet. Pour la population, à qui on a demandé de pavoiser les maisons le long du parcours, la municipalité a prévu un concert, un feu d'artifice, l'illumination des édifices publics "à la chute du jour" et la création d'une architecture temporaire et illuminée en lieu et place de la future porte principale du lycée.

La municipalité a également fait éditer une médaille commémorative, ainsi qu'un buste de Marianne en plâtre pour orner la salle du banquet.

Au moment de la pose de la première pierre, sous le seuil de la portée d'entrée principale, on enterre une cassette contenant le procès-verbal sur parchemin de la cérémonie signé par les participants et scellé dans un étui en verre, ainsi qu'un exemplaire de chaque pièce d'or, d'argent et de bronze frappée par le gouvernement républicain en 1883.

Tout ce que la ville compte de partisans républicains et de représentants des corps constitués de la république (députés, sénateurs, maires des communes voisines, militaires gradés), mais aussi membres de "sociétés" (d'arbalétriers, de joueurs de boules, de cartes ou de billard, de "pinsonneurs"), de fanfares et d'écoles de musique, de chambres syndicales (des mécaniciens, des ouvriers lainiers, des ouvriers en tapis..), de sociétés de secours mutuels... ainsi que le bataillon scolaire de Tourcoing (pour lequel la mairie achète 155 " couques à raisin" pour un montant de 15 francs), et les troupes de Lille (150 chasseurs à pied, 100 chasseurs à cheval commandés par 13 officiers)... s'est réuni le long du parcours.

Le coût total de la cérémonie, déduction faite des fonds récoltés grâce au banquet républicain, est de 14 500 francs.

De manière assez prévisible, les échos de l'évènement donnés dans les journaux ne brillent pas par leur impartialité... La presse républicaine parle de liesse populaire, de grand succès avec plus de 40 000 personnes massées tout au long du parcours portant drapeaux et lampions ; tandis que celle conservatrice qualifie le défilé "d'odyssée lugubre à travers une ville morte"...

L'inauguration, prévue en septembre 1885 en présence du ministre de l'Instruction Publique, est annulée à cause de la proximité des élections. Ceci n'empêche pas les 130 premiers élèves du lycée de faire leur rentrée le 11 octobre 1885... et le 4 juin 1886, certains d'entre eux font leur première communion dans la chapelle du lycée. L'établissement connaît le succès, puisque trois ans après la première rentrée, il accueille 249 élèves et qu'ils sont 304 en 1897 et 436 en 1908. Ils sont aujourd'hui près de 1 000 !

L’histoire récente :

Le lycée a été occupé par les troupes allemandes pendant les deux guerres mondiales, sans que cela interrompe les cours ! Les bâtiments n'ont subi aucun dommage. La seule trace de ces conflits est l'abri anti-aérien allemand construit au cours de la seconde guerre dans le sous-sol du lycée. En 1943, il avait même été proposé de construire pour les élèves une piscine découverte située devant l'infirmerie, en lieu et place du jardin !

Si ce projet d'équipement n'a jamais été réalisé, la première modification importante apportée aux bâtiments en 1967 concerne également le sport, avec l'adjonction d'un nouveau gymnase venant s'appuyer, en remplacement du préau, sur le mur extérieur de la salle de gymnastique. Le gymnase "historique" est conservé et réservé à la pratique de la gymnastique au sol et avec agrès, ce qui constitue une sorte de "retour aux sources".

Plusieurs projets de rénovation voient le jour dans le milieu des années 1970 car l'augmentation importante du nombre d'élèves suite la réforme Haby, l'arrivée de la mixité et les évolutions pédagogiques rendent les espaces du lycée obsolètes. En 1974, une commission de réflexion réunie au sein du lycée suggère de raser le lycée pour le remplacer par un ensemble de tours, organisé en trois bras en étoile se rejoignant dans une grande construction centrale. Un an plus tard, un second projet porté par la Communauté Urbaine de Lille propose quant à lui de ne conserver que la façade sur le boulevard et de construire quatre petits immeubles, dispersés sur toute la superficie ainsi libérée, sur le modèle d'un campus anglo-saxon, en lieu et place du reste des bâtiments existants. Si la question d'une rénovation d'envergure, pouvant aller jusqu'à la destruction totale ou partielle de l'ancien lycée a été largement débattue, elle n’aboutit cependant qu’à une remise en état a minima. La structure du lycée Gambetta, qu'il s'agisse du plan, des élévations ou des distributions, est donc restée pratiquement inchangée jusqu’à aujourd'hui !

Entre 1986 et 1992, plusieurs campagnes de travaux sans conséquence sur l'architecture extérieure des bâtiments et l'organisation du plan, ont été mises en œuvre pour améliorer l’accueil des élèves : aménagement dans les étages des bâtiments A et B de dortoirs pour les internes lycéens et de chambres individuelles pour les internes des classes préparatoires, réfection des blocs sanitaires et de la cantine, création d'un foyer des élèves (dans la galerie BC2), aménagement de salles classes généralistes et de salles spécifiques pour la physique et la chimie (dans le bâtiment D).

Suite aux lois de décentralisation transférant la compétence des lycées aux Régions, le Conseil Régional Nord Pas de Calais décide de restructurer de manière conséquente les bâtiments du lycée qui ne répondent plus aux nouvelles normes d'accueil des élèves, et en particulier des personnes handicapées, à la fois en termes de sécurité et de pédagogie. La première délibération date d'avril 2005. Les travaux, confiés après appel d’offres au cabinet roubaisien Escudié - Fermaux pour un montant de 33 millions d'euros, se décomposent en trois phases. La première concerne la création d'une salle de sport de 1300 m2 sur deux étages dans la cour du grand quartier (le projet de stade adjacent ayant été abandonné en 2008) et d'une demi-pension rue des quais. La seconde est consacrée à la réhabilitation des salles de classe avec la création de plateaux scientifiques et de salles de cours dans le bâtiment B, la création d'un nouveau bâtiment d'accueil ouvrant sur le quai de Bordeaux et d'un nouveau centre de documentation, le réaménagement de salle des professeurs et de la maison des lycéens. La dernière phase, qui devrait être achevée en 2018, a pour objet la réhabilitation de l'infirmerie qui accueillera l'administration, la réalisation de parkings en lieu et place des bâtiments des sciences et la réfection de la façade.

Bien que le cahier des charges liminaire à la restructuration précise que "cette opération se fera en conservant quelques lieux de mémoire liés au caractère historique des bâtiments (hall d'entrée et chapelle)", et que la restructuration ne modifie pas radicalement la structure architecturale et le plan global du lycée, les nouveaux aménagements entraînent la destruction de nombreuses parties du bâtiment. Si ce dernier gagne en confort et en qualité de vie et de service pour les lycéens, il perd une grande partie de ce qui faisait ses spécificités : la destruction des galeries de circulation entre les bâtiments B et C et l'unification de l'espace entre ces deux bâtiments, qui répond à la volonté d'avoir de grands espaces faciles à surveiller, efface la lisibilité du plan en grille. L'arasement du bâtiment D dans lequel se trouvaient les salles de science gomme l'originalité apportée par Batteur au plan en grille traditionnel afin de répondre à la spécificité pédagogique d'un lycée d'enseignement spécial.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source, porte la date
Dates 1885, daté par source, porte la date
Auteur(s) Auteur : Batteur Carlos,
Carlos Batteur (5 juillet 1844 - 1913)

Carlos Batteur (1844 - 1913), architecte. Né et mort à Lille. Cet ancien élève des Beaux-Arts, résident de l'Atelier Wicar à Rome de 1867 à 1871 et membre de la Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, travailla toute sa vie dans la région lilloise.

On lui doit de nombreuses réalisations, dont :

- Lycée Gambetta de Tourcoing (1883-1885)

- Faculté des Sciences de Lille (vers 1886) place Philippe Lebon

- Institut de Physique de Lille, (vers 1892) rue Gauthier de Châtillon

- Maison des étudiants du quartier des écoles à Lille, (vers 1892) rue de Valmy

- Faculté mixte de Médecine et de Pharmacie de Lille (1886-1892) rue Jean Bart

- Prison cellulaire (Maison d'arrêt) de Loos-lez-Lille (1898-1905)

- Usine Holden de peignage moderne de la laine à Croix dont la cheminée culminant à 105 m, inaugurée en 1887, fut la plus haute de France

- Filature des frères Mahieu (1924) à Armentières


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architecte, attribution par source
Auteur : Laoust André, Louis, Adolphe,
André, Louis, Adolphe Laoust (1843 - 1924)

Élève du sculpteur François Jouffroy, il a travaillé le plâtre, le bronze et le marbre.

En 1889 à l'exposition universelle il obtient une médaille d'argent pour le Chanteur indien de Ganaï. De 1892 à 1901, il enseigne comme professeur de sculpture aux écoles académiques de Douai, sa ville natale.

En 1893 aux concours des écoles académiques il obtient une médaille d'argent en sculpture modelage.

Il a participé à la décoration monumentale du Conservatoire de Tourcoing et à celle de l'Hôtel de ville de Roubaix.

Avec des membres de sa famille, il a créé en 1874 les « ateliers Laoust » qui ont employé plusieurs dizaines de personnes et perpétué la sculpture durant plusieurs générations. Ainsi, son fils André Laoust (1894-1960) a également été sculpteur, mais aussi décorateur, staffeur et entrepreneur et a notamment travaillé pour plusieurs expositions universelles et expositions coloniales (de 1931 et de 1937), tout comme son petit-fils André Lucien Laoust (1922-2004) qui fut staffeur et décorateur dans les ateliers familiaux.

Quelques-unes de ses œuvres sont conservées aux musées de la Chartreuse de Douai et de La Piscine de Roubaix.


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sculpteur, attribution par source
Auteur : Masquillier Augustin,
Augustin Masquillier

Entrepreneur, Tourcoing.

Milieu XIXème - début XXème ?

Dépositaire du brevet des bétons armés Hennebique.

Il était également capitaine - commandant du corps des sapeurs-pompiers de Tourcoing.


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entrepreneur, attribution par source
Auteur : Cabinet Escudié - Fermaut,
Cabinet Escudié - Fermaut

Cabinet d'architectes situé 8 bis, avenue de la Marne à Tourcoing.

Cabinet en activité depuis décembre 1992, il emploie environ 30 personnes.

Nom des architectes intervenant spécifiquement sur le projet : Jean François FERMAUT et Pierre DESFONTAINES

Agence pluridisciplinaire spécialisée dans les projets de locaux d'enseignements (constructions neuves et restructurations): pôle universitaire de Maubeuge, collège de Capelle en Pévèle (bâtiment HQE) lycée Eiffel à Armentières, lycée Gambetta à Tourcoing, lycée Camille Desmoulins au Cateau - Cambrésis


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agence d'architecture, attribution par source

Nomenclature des bâtiments (Cf illustration IVR3120165900115 NUD, intitulée "Plan synthétique du lycée - état 1956"):

Longitudinaux : A pour le bâtiment le long du Boulevard Gambetta

B pour le bâtiment du milieu

C pour le bâtiment en fond de parcelle le long du canal

D pour le bâtiment sciences

Les liens entre les grands bâtiments : entre A et B : AB1, le plus à gauche puis AB2 et AB3 le plus à droite

entre B et C : BC1 le plus à gauche puis Bc2 et Bc3 le plus à droite

AD pour celui au bout des salles de science jusqu'au A

Chapelle

Infirmerie

Gymnases

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Le lycée s'inscrit dans une parcelle en forme de trapèze rectangle, la partie rectangulaire étant bordée sur ses longs côtés par le canal et le boulevard Gambetta. La forme de la parcelle a contraint l'organisation générale des bâtiments : trois bâtiments longitudinaux, parallèles entre eux mais présentant des élévations différentes (deux étages carrés et un niveau de combles pour le bâtiment A, un étage carré pour les bâtiments B et C), sont construits parallèlement au boulevard. Les bâtiments d'un niveau dédiés aux salles de sciences bordent strictement la partie triangulaire du terrain et font la jonction entre les bâtiments A et C. Les bâtiments A, B et C sont reliés entre eux par des bâtiments perpendiculaires à un niveau (AB1, AB2 et AB3), des préaux (AD, BC3) ou des galeries de circulations couvertes (BC1 et BC2). Ce réseau de bâtiments forme un quadrillage orthogonal qui laisse une grande place aux cours intérieures arborées. L'infirmerie, à l'origine séparée du reste des bâtiments par un "jardin sanitaire", se situe dans un espace délimité par le préau BC3, la chapelle et le bâtiment des sciences. La chapelle est installée dans le prolongement du bâtiment B. Le gymnase édifié en 1967, qui jouxte celui construit à la création du lycée, est compris entre les galeries BC1 et BC2 et vient s'appuyer sur le bâtiment B.

Le plan apporte une réponse aux exigences spécifiques du lycée. La partie rectangulaire rassemble les espaces communs du lycée : le premier bâtiment à front de boulevard accueille les fonctions administratives et de représentation, le second les espaces dédiés à la vie en collectivité (cuisines, réfectoires, dortoirs, lingerie...) et le troisième, le plus éloigné de l'agitation de la vie quotidienne, est réservé aux salles de cours. Les cours intérieures permettent d'individualiser les espaces des petit, moyen et grand lycées, appelés "quartiers", car les instructions ministérielles, depuis celle de Fourcroy en 1804, étaient de bien séparer les espaces dévolus aux enfants d'âges différents, qui tous devaient avoir des équipements identiques (salles de cours, salles d'étude et dortoirs, lesquels devaient être installés au premier étage). Ces instructions, reprises presqu'à l'identique en 1881, imposent aussi aux établissements d'avoir des cours spacieuses pour les récréations, si possible plantées d'arbres. Le plan en grille, qui se développe au cours du XIXème siècle pour tous les grands lycées parisiens puis de province, est la traduction dans l'espace de ces préconisations. Il est réaffirmé comme la solution idéale dans les instructions ministérielles à destination des villes construisant des lycées en 1843, qui insistent sur la nécessaire présence d'une cour d'honneur. Le lycée Gambetta n'y déroge donc pas, au moins pour sa partie principale. La partie triangulaire, au nord de la parcelle, est en revanche plus atypique car elle accueille des espaces qui, dans les autres lycées, sont intégrés dans la "grille". Il s'agit d'espaces qui demandent à être séparés du reste de l'activité : la chapelle (la pratique religieuse se fait "en dehors" de la vie scolaire), l'infirmerie (pour des raisons hygiénistes), et surtout les salles et laboratoires de physique et chimie (pour des raisons de sécurité).

L'architecte suit également les préconisations du ministère en ce qui concerne le confort à apporter aux élèves. Pour que ces derniers puissent profiter de l'air et de la lumière, les bâtiments abritant les salles de classe sont construits en simple épaisseur et l'on accède à la salle, où l'éclairage doit être latéral, directement depuis une galerie ouverte au rez de chaussée ou par un couloir scandé de grandes baies au premier étage. Il s'éloigne en revanche de ces préconisations pour le nombre des ouvertures puisque chaque salle de classe comporte non pas une entrée et une fenêtre d'un côté et deux fenêtres à l'opposé, ce qui est considéré comme un outil prophylactique essentiel, mais deux fenêtres près de la porte et 3 fenêtres sur le mur opposé. Le ministère spécifie également la largeur des fenêtres (1,20 m) et des trumeaux (1,80 m), la longueur maximum de la salle (6 m), et la surface minimum par élève (1,50 m2) avec un idéal de 35 élèves par classe. Toutes les salles de classe et d'étude sont identiques et sont équipées de tables-bancs à deux places dessinées par l'architecte (les bureaux avec chaises mobiles n’apparaitront qu'à la toute fin du XIXème siècle), ainsi que d'une estrade au centre du mur de refend sur laquelle le bureau du professeur est installé (et non plus d'une chaire placée dans un angle). Seules les salles destinées aux enseignements du dessin et des sciences possèdent quelques spécificités, en particulier de grandes ouvertures orientées au nord pour les premières et des salles en longueur avec gradins pour les secondes, ainsi que du mobilier spécifique comme les tables à dessin et les paillasses, dont les modèles sont également fournis par Batteur. Ces organisations spatiales et l'équipement mobilier sont conformes aux préconisations établies par le ministère et publiées en 1881 dans la "Note relative aux conditions d'installation des lycées et collèges " (Paris, Imprimerie Nationale).

L'ensemble des bâtiments est construit principalement en briques. Pour des raisons d'économie, ce matériau était déjà préconisé dans les instructions de 1881, de même que l'emploi de matériaux locaux et la limitation de l'usage de la pierre aux parties structurantes (entourages de baies, chaînes d'angles...). L'élévation est symétrique, ordonnancée à travées. Cependant, conformément aux souhaits de l'architecte et tout en répondant aux préconisations de la Commission scolaire, ils présentent des différences d'élévation et d'aspect décoratif, celui sur le boulevard étant, sans surprise, le plus majestueux et le plus richement décoré.

La façade sur rue, longue de 144 mètres, s'organise autour de deux avant-corps de 3 travées à 2 étages carrés et un étage de combles (alors qu'elle présente sur cour 3 étages carrés mais pas de combles), couverts par une toiture en pavillons avec brisis. Ils encadrent une partie centrale de 11 travées à deux étages carrés couverte par une toiture à longs pans et sont prolongés par des ailes d'un étage carré et toiture à longs pans. La travée située au milieu de la partie centrale, légèrement en saillie, se termine par un couronnement : un fronton cintré supporté par deux pilastres encadre un médaillon originellement occupé par une horloge. Les ailes comptent chacune 13 travées. La travée centrale de chaque aile qui accueille une porte cochère, présente une saillie identique à celle du corps central. Les fenêtres présentent des formes et des tailles identiques.

La pierre est utilisée abondamment pour le soubassement, les chaines d'angles, les chambranles des portes et des fenêtres, l'arc de couvrement de chaque baie et unit l'ensemble de la façade, ainsi que les tables décoratives sculptées ou nues installées dans les trumeaux. La brique, ordinaire ou émaillée, en alternance avec des bandeaux de pierre, constitue l'élément de remplissage des trumeaux. La brique émaillée (rouge, verte, orange, violette ou jaune), posée en boutisses couchées et formant des décors géométriques est particulièrement utilisée pour les premiers plein-de-travées et la corniche du second niveau.

Dès qu'ils ne sont plus visibles depuis le boulevard, les bâtiments sont moins richement décorés. Déjà la façade sur cour du bâtiment A ne fait plus appel à la pierre que pour les soubassements et les archivoltes des fenêtres. Cette modestie est compensée par une utilisation beaucoup plus systématique et abondante des briques émaillées, toujours posées en boutisses couchées, que l'on retrouve dans les trumeaux, les linteaux des baies, les corniches ou les pleins-de-travées.

Les autres bâtiments, bien que toujours ordonnancés, sont encore plus sobrement décorés et ne font appel qu'à des jeux entre la brique ordinaire et la brique émaillée disposée en bandeaux courant tout le long de la façade ou en motifs géométriques simples dans les trumeaux ou les corniches.

L'architecte a peu fait appel aux matériaux nouveaux tels que la fonte, timidement utilisée pour les piliers des préaux ou les colonnettes supportant la tribune de la chapelle, alors que cette dernière est déjà largement utilisée dans les bâtiments publics liés à l’enseignement depuis le milieu du XIXème siècle (voir la bibliothèque Sainte Geneviève par Labrouste, achevée en 1850).

On peut remarquer que le lycée occupe une grande surface (24 000 mètres carrés), mais propose une élévation relativement modeste, au contraire de l'église du Sacré Cœur construite quelques années auparavant à proximité et presque toujours en co-visibilité avec le lycée, comme s'il s'était agi pour l'architecte d'illustrer l'opposition (ou la complémentarité) entre l'élévation spirituelle symbolisée par l'architecture verticale de l'église et la nécessité d'améliorer l'existence des vivants rendue visible par l'emprise terrestre du lycée.

L'infirmerie :

Bâtiment indépendant l'infirmerie, aussi appelée "le château" est formée d'un seul corps à un étage carré. La couverture à long pans avec brisis et croupes accueille un étage de combles. L'escalier tournant demi-hors-œuvre est recouvert d'une croupe polygonale. La façade compte onze travées, celle centrale accueillant une porte-fenêtre. Ici, seuls les appuis de fenêtre sont en pierre. Le reste de la façade est composé de briques ordinaires et de jeux de briques émaillées. A l'intérieur du corps de logis, on trouve au rez-de-chaussée des salles de consultation et de soins, les 12 chambres individuelles. Deux dortoirs trouvent place au second niveau et dans l'étage sous comble. L'infirmerie dispose, sur l'arrière du bâtiment, d'un petit jardin privatif destiné aux malades contagieux. Cette configuration correspond aux prescriptions du règlement pour la construction des collèges et lycées de 1890. Le jardin médicinal d'origine, situé à l'avant du bâtiment, a été rapidement transformé en jardin d’agrément et abrite un ginkgo biloba remarquable, presque aussi âgé que le lycée !

Les gymnases :

La création du premier espace spécifiquement dédié au sport dans un lycée, Louis le Grand à Paris, date seulement de 1829. La loi Fortoul de 1853 qui demandait la construction d'un gymnase ou la transformation d'une partie des bâtiments dans tous les lycées pour accueillir des activités sportives, avait été peu suivie d'effets. Après bien des vicissitudes, l'instruction ministérielle de 1880 rend l’exercice physique encadré par un professeur "obligatoire dans tous les établissements d'instruction publique de garçons dépendants de l’État ou des communes", réactivant ainsi l'ordonnance prise par Napoléon III en 1869. Car, quel que soit le régime politique, il semble que le souhait de mettre en application "mens sana in corpore sano" ait guidé tous les ministres de l'Instruction Publique. Cependant, compte tenu de la diversité des situations des lycées installés dans des bâtiments anciens réutilisés ou dans des constructions neuves, et dans des régions aux climats très variés, l’État n'a pas fourni de modèle de gymnases malgré plusieurs tentatives (projets de Laisné en 1854 et de Louis Joseph Duc en 1855). C'est sans doute la palestre antique qui, pour la partie découverte des espaces dédiés au sport, inspire les architectes des lycées et la salle de jeu de paume pour ce qui est des gymnases proprement dits.

Dans son projet, Carlos Batteur applique donc les dernières directives ministérielles, et va même au-delà. Il réserve ainsi aux sports une surface importante, qui occupe tout le quadrilatère formé par les cours des petit et grand quartiers et les bâtiments B et C. Dans cet espace, il associe un gymnase fermé dédié à la pratique de la gymnastique avec agrès telle que pratiquée depuis le début du XIXème siècle, une salle de danse et une salle d'escrime, tous situés en rez-de-chaussée du bâtiment B, ainsi qu'une cour de gymnastique pour le sport d'extérieur et les exercices militaires, en partie couverte, conformément aux ordonnances de 1861 et 1890 qui précisent qu'il peut s'agir "d'une cour de récréation, séparée de l'emplacement destiné aux jeux des élèves par un grillage". Ce préau était toujours utilisé en 1956, de même que la partie découverte de la cour de gymnastique transformée en terrain de basket...

En 1888, soit 3 ans après l'ouverture du lycée, les trois salles sont réunies afin d'agrandir le gymnase et permettre sa transformation occasionnelle en salle des fêtes, peut-être en partie pour se mettre en conformité avec la loi Fortoul, qui souhaitait que les locaux dédiés au sport puissent se transformer en salle de remise des prix. L'estrade construite lors de cette première campagne d'agrandissement est toujours présente en 2015.

Ces espaces ne semblent pas subir d'autres modifications jusqu’en 1967, date de la construction d'un nouveau gymnase qui vient s'appuyer sur le bâtiment B, en lieu et place de la cour de gymnastique. Les deux salles communiquent entre elles par la porte initialement prévue par Carlos Batteur pour accéder au préau. Ce gymnase est détruit en 2011 lors de la campagne de restructuration du lycée. Il est remplacé par un bâtiment neuf d'un étage, installé à la place du mur qui clôturait la parcelle du lycée le long de la rue des quais, et prend appui sur les murs des bâtiments B et C, laissant apparaitre les décors de briques émaillées et le calepinage des murs.

Murs calcaire brique et pierre à assises alternées
calcaire pierre avec brique en remplissage brique émaillée
brique appareil mixte
Toit ardoise
Plans plan orthogonal
Étages 2 étages carrés, 1 vaisseau, étage de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans croupe
toit à longs pans brisés croupe brisée
toit à longs pans croupe polygonale
pignon découvert
Escaliers escalier dans-oeuvre, escalier tournant à retours avec jour, en maçonnerie, suspendu
escalier dans-oeuvre, escalier tournant à retours avec jour, en charpente, suspendu

Jardins arbre isolé, pelouse
États conservations remanié
Techniques céramique
sculpture
peinture
Représentations portrait, blason, nature morte, couronne végétale, symbole des sciences symbole républicain scène de genre personnage profane
Précision représentations

Plusieurs types de décors sont visibles sur la façade du lycée : des symboles républicains, des portraits, des allégories et des ornements figuratifs et non figuratifs. Leur choix a fait l'objet de longs échanges entre la ville, le sculpteur et le Ministère de l'Instruction Publique, aux vues duquel il a bien fallu se conformer...

- les symboles républicains et les armes de la ville : réalisés en pierre et situés sur la partie centrale de la façade, aux angles de chaque avant-corps, ainsi qu'aux angles du bâtiment. Les symboles de la République sont positionnés au troisième niveau. Ils portent les lettres RF gravées sur un écusson en haut-relief d'où dépassent en haut la hache du faisceau des licteurs et en bas les verges liées, ainsi que des guirlandes de laurier. Ceux portant les armes de Tourcoing sont installés au second niveau et sont accompagnés, à leur base, de couronnes de fruits et de fleurs en chute.

- les allégories : situées sur les trumeaux du second niveau de l'avant-corps de la partie centrale de la façade, représentent le Commerce (symbolisé par la figure d'Hermès à droite) et de l'Industrie (à gauche). Le choix de ces thèmes est en accord à la fois avec les objectifs pédagogiques d'un lycée d'enseignement spécial, et avec le souhait de la bourgeoisie éclairée d'illustrer les sources de financement qui ont permis la construction de l'établissement. Les deux allégories, installées dans une table rentrante, sont construites de manière identique : une tête en haut-relief est présentée de face dans un médaillon rond, deux cornes d'abondance entrecroisées qui accueillent en leur centre le flambeau de la renommée prennent appui sur ce médaillon, en dessous duquel on trouve gravé le nom de l'allégorie et des guirlandes pendantes de laurier et de fruits qui encadrent un écusson portant la lettre T (pour Tourcoing).

- les 12 portraits de savants : situés dans les trumeaux du second niveau des deux pavillons centraux et des travées en ressaut des deux ailes. Réalisés en terre cuite rouge, tous se présentent de manière identique : le personnage en bas-relief, qui s'inscrit dans un médaillon, est présenté en buste de profil ; le médaillon s'appuie sur le flambeau de la renommée, qui dépasse en haut et en bas, et est entouré de branches de laurier, de houx ou de chêne ; le nom du savant est porté en dessous du portrait. Tous les profils sont tournés vers le centre des pavillons ou des travées et sont donc affrontés. Bien que les visages des personnages soient très différenciés les uns des autres, il ne s'agit pas de portraits réalistes.

Le choix des personnages fit l'objet de longs échanges entre l'architecte, la ville, le recteur d'académie et le ministère. Les premiers souhaitaient faire figurer des personnages vivants (Chevreul, Pasteur, De Lesseps, Watt...), tandis que le ministère imposa des noms " de personnages de l'histoire (...) dont le souvenir mérite d'être perpétué". La liste définitivement arrêtée, sur proposition du Recteur d'Académie, comprend donc les noms suivants (de gauche à droite sur la façade) : Volta, Papin, Jacquart, Niepce, Franklin, N. Leblanc, Montgolfier, F. Sauvage, Malus, PH. Lebon, Lavoisier et Cuvier.

- les ornements figuratifs : situés dans des tables rentrantes sur les trumeaux du troisième niveau de l'avant-corps de la partie centrale de la façade, ils représentent les Sciences (à gauche) et les Arts (à droite), identifiables par les instruments présentés au milieu d'un décor végétal (glands, palmettes, laurier). On remarque ainsi pour les arts un chapiteau ionique (l'architecture), une palette (la peinture), une lyre (la poésie), une mandoline (la musique), un ciseau à bois et son maillet (la sculpture)... et un boulier, une balance, une sphère armillaire, un pied à coulisse ou un engrenage pour les sciences. L'ensemble des objets est enserré par un long d'un ruban accroché par un nœud rubané à l'extérieur de la table.

- les ornements non - figuratifs : sur toute la façade, on remarque un certain nombre de tables saillantes horizontales et verticales restées nues. Selon le souhait de l'architecte, ces dernières devaient accueillir le nom des spécialités enseignées au lycée (histoire, mathématiques, physique, chimie, dessin, langues, histoire naturelle) ainsi que des inscriptions ayant trait à l'histoire du lycée et à ses spécificités pédagogiques. Mais le ministère s'opposant à "(ces) nombreuses inscriptions sans intérêt" (lettre du 17 juillet 1885), aucun texte ne fut gravé.

A l'intérieur du lycée se trouvent également d'autres décors :

- au rez de chaussée du bâtiment A, dans l'ancien parloir (actuel secrétariat) :

- cheminée adossée : le manteau et la tablette sont en marbre noir veiné de blanc. Les pieds-droits et le couvrement portent une moulure en tore. Le foyer est ébrasé et le rétrécissement en métal se fait par deux pans successifs, qui ouvrent sur un âtre forgé suspendu. Le coffre de la cheminée est décoré d'une table rentrante moulurée à motif de treillage, surmontée d'un fronton infléchi brisé à volutes supérieures rentrantes qui s'achève sur un écusson couronné portant les armes de la ville de Roubaix. Les rampants sont terminés par des acrotères en forme de palmettes. L'intérieur du tympan est orné de feuilles de vigne. Le centre de la table est occupé par une agrafe sur laquelle une couronne en haut relief décoré d'oves vient prendre appui. Les dessins de l'architecte montrent que cet espace était à l'origine prévu pour accueillir un buste.

- peintures murales : les trois panneaux représentent des éléments identitaires du Nord. Le panneau central montre des coulonneux, les géants de Douai M. et Mme Gayant, des scènes de tissage, de combat de coqs, des fanfares... Les deux panneaux verticaux latéraux sont consacrés à la mine : descente au fond et extraction du charbon d'un côté, détection du grisou au XVIIIème siècle de l'autre. Elles ont été réalisées entre 1951 et 1953 par des élèves des classes de seconde et de première, sur leur temps libre, d'après des cartons du professeur de dessin M. Barillon. Il s'agit de toiles marouflées.

- au premier étage du bâtiment A, dans l'ancien grand salon de l'administration (aujourd'hui salle de réunion) :

Cheminée adossée avec manteau en marbre noir veiné de blanc : l’aspect général est identique à celle du parloir, mais le médaillon central est occupé par un profil en plâtre patiné d'une Marianne avec un bonnet phrygien, entourée de feuilles de laurier (à gauche) et de chêne (à droite). Enfin, le foyer n'est pas rétréci et comprend un âtre simple.

- au premier étage du bâtiment A, dans une salle adjacente à l'ancien grand salon de l'administration :

Cheminée adossée avec manteau et tablette en marbre blanc : le chambranle en accolade est mouluré, ainsi que les pieds-droits, qui portent en haut et en bas un décor de volutes saillantes. Le centre de l’accolade est occupé par une coquille à motif végétal.

- dans le bâtiment AB3, dans l'actuel CDI (ancien foyer des internes) : une fresque occupant tout un mur représente La Connaissance (une jeune femme allongée), entourée de la nature (feuilles de figuier) et de la culture, les oiseaux symbolisant les divers enseignements donnés au lycée. Elle a été peinte en 1963 par Jean Pierre Salomon, alors élève en terminale, en réponse à une commande de l'administration. Il s'est inspiré des cartons de tapisserie dessinés par Lurçat et Picart Le Doux pour les Gobelins. Deux autres panneaux plus petits peints sur les murs latéraux ont été détruits à une date indéterminée. L'auteur, aujourd'hui professeur d'arts plastiques et photographe, a été, la même année, reçu premier au concours de l’École Normale Supérieure Claude Bernard, spécialisée dans les arts plastiques.

Mesures :

Références documentaires

Documents d'archives
  • Ministère de l'Instruction Publique. Lycées impériaux, programme pour les bâtiments, Projet [1861] et circulaire ministérielle du 20 décembre 1861

    Archives nationales, Paris : F17 - 7571
  • Carton 1 : création du lycée (expropriations, cadastre). Carton 2 : acquisition des terrains et subventions de l’État. Carton 3 : projets et plans définitifs globaux, étage par étage et élévations ; devis, cahiers des charges. Carton 4 : emprunts, pose de la première pierre, surveillance et conduite des travaux. Carton 5 : adjudication des différents lots de gros œuvre et de l'entrepreneur général. Carton 6 : mobilier (planches, cahier des charges, devis). Carton 7 : adjudications et comptes définitifs pour le mobilier scolaire et privé, la tuyauterie, le chauffage et l'éclairage ; marché et adjudication du lot sculpture. Carton 8 : réception définitive des travaux, matériel pédagogique scientifique, jardins, travaux complémentaires (salle de gymnastique, salle de bain, distribution d'eau et forage, ateliers, réfectoires et bibliothèque des maîtres). Carton 9 : assurance incendie, forage, installation du gaz et d'un nouveau bureau pour le proviseur, travaux d'entretien, installation d'une classe enfantine, pavage, peinture et menuiserie diverses, installation du chauffage à vapeur. Carton 10 : dossiers divers.

    AC Tourcoing : Série M4D, cartons 1 à 10
Bibliographie
  • Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes. Note relative aux conditions d'installation des lycées et collèges. Paris : Imprimerie Nationale, 1881.

  • Programme officiel pour la construction des collèges et lycées. La construction moderne, sous la direction de Paul PLANAT. 1890, 1ère série, 5ème volume

    p. 527 - 528 Bibliothèque municipale de Lille
  • Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes. Note relative aux conditions d'installation des lycées et collèges. Paris : Imprimerie Nationale, 1891.

Périodiques
  • LE COEUR, Marc. L'architecture et l'installation matérielle des lycées : la réglementation et sa mise en œuvre (1802 - 1940). In CASPARD Pierre, LUC Jean-Noël, SAVOIE Philippe. Lycées, lycéens, lycéennes, deux siècle d'histoire. Actes du colloque éponyme (2002, La Sorbonne, Paris). Lyon : Institut National de recherche Pédagogique, 2005

    p. 363-380
  • LE COEUR, Marc. La chaire et les gradins : de la salle de classe à la salle de cours dans les lycées au XIXème siècle. Histoire de l'éducation, 2011, n°130

    p. 85 - 109
  • SPIVAK, Marcel. Quelques aperçus de la recherche en histoire de l'éducation physique et des sports en France. Histoire de l'éducation, 1981, n°10.

    p. 1-19
  • LE COEUR, Marc. Couvert, découvert, redécouvert : l'invention du gymnase scolaire en France (1818-1872). Histoire de l'éducation, mai 2004, n° 102.

    p. 109-135
  • LUCAS, Charles, PLANAT, Paul (Dir). Encyclopédie de l'architecture et de la construction. Paris, 1888 - 1892. Tome 3, partie 2 : les collèges ; Tome 4, partie 1 : les écoles primaires et professionnelles ; Tome 5, partie 2 : les lycées ; Tome 6, partie 2 : les universités.

    Bibliothèque municipale de Lille
Multimedia

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Karine GIRARD , né(e) GIRARD (02 septembre 1967 - )
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