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Immeubles à logement

Dossier IA62001376 réalisé en 2008

Fiche

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Les immeubles à logements constituent une large part des édifices marqués par l’Art déco recensés sur la ville d’Arras, soit 69 édifices. Parmi eux se distinguent 59 immeubles à logements dont le rez-de-chaussée est dévolu à une activité commerciale. En effet, ville commerçante, Arras dispose d’une architecture répondant à la fois aux fonctions commerciales et de logement. On distingue ainsi dans les parties constituantes de ces immeubles des boutiques, qui concernent 54 de ces immeubles, des cafés et des restaurants qui en concernent cinq. Ils se concentrent essentiellement dans l’hypercentre d’Arras où ils jalonnent les rues commerçantes.

Ils sont tous issus de la Première Reconstruction et ont été édifiés dans un style Art déco. Les variantes de ce style sont nombreuses dans cette catégorie d’édifices ; toutefois, une tendance se démarque : l’Art déco géométrique des années 1920. Il vient bien souvent se mêler au régionalisme qui marque la période et à l’architecture classique prééminente à Arras.

I. Étude et évolution de l’hypercentre arrageois : du début du 20e siècle à la période de l’entre-deux-guerres

Les immeubles à logements, et plus particulièrement les immeubles dont le rez-de-chaussée est à usage de commerce, se concentrent dans les rues commerçantes, Ernestale, Saint-Aubert que prolongent vers la gare la rue Gambetta et vers la place des Héros les rues Désiré-Delansorne, de Ronville, de la Housse et Wacquez-Glasson.

Au début du 20e siècle, avant que n’éclate la Première Guerre mondiale, ces rues étroites étaient bordées d’immeubles commerciaux aux façades à appareillage à refends en pierre de style classique, comme en témoignent les cartes postales de cette époque.

En 1918, après les bombardements incessants des quatre années de conflit, la ville est quasiment réduite à néant (elle fut détruite à 80%), confrontant la municipalité arrageoise à un travail de reconstruction de grande ampleur. La reconstruction de la ville, tout comme celle des autres villes de France touchées par le conflit, bénéficia de l’émergence des premières réflexions sur l’aménagement du territoire. Ainsi, la ville fit l’objet d’un plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension intitulé « Projet d’élargissement et de redressement concernant 60 rues, places, cours, pourtours et boulevards » approuvé par décret en 1924 et qui s’intègre à l’obligation découlant de la loi Cornudet du 14 mars 1919, pour les villes de plus de dix mille habitants, de se doter d’un plan d’aménagement. Ce projet, qui eut pour conséquence l’élargissement des rues du centre-ville, freina la reconstruction qui s’étendit jusqu’en 1936. Toutefois, il généra un paysage urbain nouveau, avec des voies mieux adaptées à la circulation automobile croissante et permit l’introduction de la modernité à Arras par la destruction et la reconstruction d’un grand nombre d’édifices dans le centre-ville après 1925.

En effet, la plupart des immeubles des rues du centre-ville furent expropriés entre 1924 et 1926 (la plupart des jugements d’expropriation datant de 1925) par la ville d’Arras qui entreprit la démolition partielle de ces immeubles, parfois récemment remis sur pied, afin de procéder à un élargissement des voies de plusieurs mètres (douze mètres pour la rue Saint-Aubert).

Toutefois, l’étude des plans cadastraux d’avant et d’après-guerre démontre que le parcellaire n’a subi que peu de changement : les parcelles sont demeurées étroites, particulièrement dans la rue Saint-Aubert où s’élèvent en grande majorité des immeubles à travée unique. Ailleurs, les immeubles à deux ou trois travées dominent.

II. Matériaux et mise en œuvre

La reconstruction fut régie par la loi sur les dommages de guerre qui instaura un classement des dommages en cinq catégories : les immeubles arrageois dépendaient pour la plupart de la troisième catégorie qui concernait la détérioration de biens immobiliers. À l’intérieur de chaque catégorie, diverses classes existaient en fonction de la nature de l’immeuble ; les dossiers de la reconstruction arrageoise concernaient essentiellement la classe des « villas, maisons de plaisance et petites maisons de ville » qui définissait les constructions dites de « deuxième ordre ». En fonction de chaque classe étaient définis les matériaux à mettre en œuvre pour la reconstruction de cette catégorie d’édifice. Ces recommandations devaient être strictement respectées. Ainsi, l’ensemble des immeubles arrageois devaient présenter « des façades en briques ou en matériaux du pays » (pierre locale), « des menuiseries extérieures, des volets, persiennes et balcons en chêne, des couvertures en ardoises ou en tuiles du pays et des combles à la Mansard ».

Après le repérage effectué sur le terrain, nous avons pu constater que les trois-quarts des constructions sont composés de béton et de brique en matériau de gros-œuvre et d’ardoise en couverture.

Gros-œuvre et appareillage

La reconstruction d’Arras a bénéficié, comme celle de la plupart des villes françaises reconstruites, d’innovations majeures en matière de matériaux. Ces innovations, qui datent pour la plupart du début du 20e siècle, telle la mise au point de la technique du béton armé en 1898, se développent véritablement après la guerre, où les champs de ruines constituent un terrain propice au développement des nouvelles techniques. Matériau économique et simple à mettre en œuvre, le béton se substitue largement aux matériaux traditionnels comme la pierre, plus coûteuse, qui constituait le matériau de base des constructions arrageoises jusqu’alors.

Les façades commerciales des rues Gambetta, Ernestale, Saint-Aubert et Désiré-Delansorne ont toutes une structure en béton et en béton armé. Ce matériau malléable permit le développement d’une riche ornementation qui caractérise l’architecture Art déco.

L’immeuble à logements du 11-13 rue Saint-Aubert constitue un exemple de cette malléabilité qui transparaît à travers la réalisation des décors en dents d’engrenage saillantes au premier étage et du vase de fleurs moulé dans le béton. À quelques exceptions près, le béton est toujours recouvert d’un enduit sur les édifices repérés.

50% des immeubles sont entièrement constitués de béton, 38% déclinent l’alternance brique en parement-béton. Les mémoires des architectes de ces immeubles témoignent de la mise en œuvre de ces deux matériaux sous le descriptif de « briques cuites au four continu, hourdées au mortier de chaux hydraulique » ; l’immeuble du 8 rue des Grands-Viéziers est représentatif de cette mise en œuvre. Les briques, à appareillage à la française avec alternance de lit de boutisses et de lit de panneresses constituant les trumeaux de la façade, sont maçonnées à la chaux tandis que les structures de l’édifice sont en béton. Une grande majorité des immeubles se compose d’un appareillage en panneresses.

La brique employée est une brique rouge ou jaune, la brique jaune étant couramment employée à partir des années 1930. Par un système d’appareillage alterné, la brique participe à l’élaboration d’un style épuré, proche du modernisme comme en témoigne l’immeuble du 19 rue Baudimont.

Quelques rares immeubles présentent encore un appareillage en pierre : elle y constitue principalement la structure des oriels, des chaînes d’angle et des chaînes à bossage ; l’immeuble du 65 rue Saint-Aubert présente une structure de ce type avec ses oriels en pierre. Ailleurs, on s’est contenté d’imiter la pierre en recouvrant le béton d’un enduit de teinte similaire pour l’anoblir.Toitures et couverturesLe repérage a permis d’établir le constat suivant : 75 % des immeubles ont une couverture en ardoise dite « ardoise d’Angers » et 60 % d’entre eux présentent des toits en brisis à la Mansard ; la prééminence de ce type de couverture et de ce type de couvrement s’explique par les préconisations énoncées par la loi sur les dommages de guerre. À cet effet, ils concernent essentiellement les immeubles construits dans l’immédiat après-guerre, au début des années 1920. Le brisis à la Mansard correspond également au type de toiture caractéristique de l’architecture classique du 18e siècle qui prédomine à Arras. Son usage, allié à une architecture Art déco, marque bien l’ambivalence de l’architecture arrageoise pendant la période de l’entre-deux-guerres, entre un traditionalisme classique et une volonté de renouveau qui passe par le recours à des fins plus modernes.

Après 1925, les constructions se modernisent davantage et adoptent la toiture terrasse en béton, prônée par l’esthétique moderniste : 20 % des constructions présentent une couverture de ce type. 13 % des immeubles présentent une toiture à deux pans. De rares immeubles arborent un toit en pavillon.

Le décor porté

Les façades des immeubles arrageois sont ornées d’un jeu de motifs récurrents constitué principalement de motifs floraux et géométriques, particulièrement représentatifs de l’Art déco. Ils s’insèrent dans les éléments de la façade sous des formes stylisées : cartouches, allèges, agrafes, frises, encorbellements, couronnements de portes, colonnes et chapiteaux, frontons et lucarnes.-

Les motifs floraux

Thème de prédilection par excellence de l’Art déco, la fleur, notamment la marguerite et la rose, est présente sous toutes ses formes. Largement ouverte, elle est la plupart du temps géométrisée et stylisée ; le rez-de-chaussée de l’immeuble du 14 rue Chanzy est sans doute l’exemple le plus probant de cette stylisation florale. Elle apparaît sous une forme plus basique, plus géométrique, sur le fronton du 12 rue des Trois-Visages.

Le thème de la fleur apparaît fréquemment sous la forme de paniers et de vasques de fleurs, particulièrement présents sur les frontons et les lucarnes des immeubles. Sur l’immeuble du 2 place de la Vacquerie, les linteaux des baies qui, en se répétant, habillent toute la surface sous la corniche, formant une sorte de frise discontinue. Au 16 rue Saint-Aubert, l’allège de la baie de la travée de droite est sculptée d’un panier de fleurs aux teintes colorées.

Les motifs géométriques

Représentatifs de l’Art déco des années 1920, les motifs géométriques courent le long des façades des immeubles. Parmi les plus usités, figurent les cercles, les losanges, les guirlandes asymétriques mais également les dents de scie et les dents d’engrenage ainsi que les vagues.

Les cercles et les spirales sont les motifs géométriques les plus répandus de l'Art déco arrageois. Présents sous diverses formes, ils s'insèrent à la fois dans les frises sous l'aspect de courbes semi-circulaires, comme c’est le cas sur l’immeuble du 7 rue Neuve-du-Rietz, et dans les cartouches de céramique ou de béton où ils viennent bien souvent se mêler à d'autres éléments géométriques ; en témoigne le cartouche situé sur l’allège de l’immeuble du 10 rue Saint-Aubert où le cercle se mêle à la forme triangulaire et à la ligne droite. La forme losangique est également très présente dans les frises et les cartouches décoratifs. Sur la façade de l’immeuble du 43 rue Désiré-Delansorne, le losange constitue la forme des décors en carrelage situés sur les allèges des baies. Au 38 rue Désiré-Delansorne, il est présent au centre de décors floraux sculptés dans les allèges des baies.

Éléments sculptés en béton ou carrelages décoratifs, les guirlandes asymétriques disposées en chute courent le long des façades des immeubles Art déco. L’immeuble du 23 place du Théâtre présente un exemple original de ces guirlandes : elles encadrent symétriquement la travée ainsi que la vitrine du rez-de-chaussée ; composées de carrelages décoratifs bleus et orangés, elles sont recouvertes, sur leur partie sommitale, de décors de céramique bleue réalisés par les céramistes parisiens Alphonse Gentil et François Bourdet, connus pour leurs décors de style Art nouveau et Art déco.

Le motif triangulaire est présent sur de nombreuses façades sous la forme de frises en dents de scie et en dents d’engrenage saillantes : l’immeuble du 37 rue Gambetta présente un fronton formé par de larges dents de scie.

III. Morphologie et typologie

Les immeubles arrageois ont la particularité d’être très éclectiques ; ils mêlent éléments d’architecture classique, régionaliste et moderne. Peu d’immeubles peuvent être qualifiés strictement d’Art déco car celui-ci vient souvent se mêler aux autres styles architecturaux. Il se greffe sur des immeubles dont le gabarit et le style général demeurent de style classique. Par un jeu de motifs récurrents et de formes, il existe toutefois une réelle volonté de donner une touche de modernité aux bâtiments tout en conservant cet esprit classique. Ainsi, un certain nombre d’éléments caractéristiques du style permettent de qualifier 37 immeubles d’Art déco. 33 immeubles, pour la plupart classiques, ne présentent que quelques ornements Art déco.

Cette tendance à la confusion des styles illustre l’ambivalence de l’architecture arrageoise qui demeure à la fois attachée à l’esprit classique des lieux qui caractérise la ville depuis le 18e siècle mais qui cherche toutefois à intégrer la modernité. La Reconstruction qui succéda à la Première Guerre mondiale mit l’accent sur cette ambivalence : à la volonté de reconstruire à l’identique les monuments pour restituer l’identité des lieux, se superposa le désir de moderniser l’architecture en ayant recours aux avant-gardes architecturales que pouvait représenter l’Art déco à cette époque ou au Régionalisme, doctrine officielle de la Reconstruction (en 1917, un concours public est ouvert aux architectes français pour déterminer des modèles à appliquer pour la reconstruction des villes de France dévastées. Le style régionaliste, perçu comme l’unique style architectural capable de restaurer la personnalité des régions dévastées, fut érigé en modèle à appliquer pour l’ensemble de la reconstruction des villes françaises).

Cette ambivalence a généré une architecture particulière à mi-chemin entre classicisme et modernité. L’immeuble du 65 rue Saint-Aubert constitue un exemple significatif du mélange des styles opéré dans l’architecture arrageoise : sur une façade classique composée de chaînages de pierre sur les angles, vient se greffer le pignon à redents flamand qui apparaît ici dans des proportions hypertrophiées.

Caractéristiques morphologiques des immeubles Art déco

Les immeubles présentent tous la même morphologie : pour la plupart, ce sont des immeubles commerciaux édifiés sur deux étages carrés et dont le rez-de-chaussée est dévolu à l’activité commerciale. Les parcelles de ces immeubles sont étroites et ceux-ci affichent donc un nombre restreint de travées : nous pouvons noter l’existence de deux travées pour la grande majorité des immeubles et d’une unique travée pour de nombreux immeubles de la rue Saint-Aubert (le 6, le 21, 22, le 24, le 25, le 26 et le 73). Les boutiques situées au rez-de-chaussée ont presque toutes été refaites pour s’adapter aux standards modernes et ne présentent donc plus aucune unité architecturale avec le reste des façades, toutes issues des années de la reconstruction. On notera l’existence d’un cas particulier : l’H.B.M. (habitation à bon marché) du 35 boulevard Faidherbe, constitué de quatorze logements. La construction de cette H.B.M. découle directement de la loi Loucheur du 13 juillet 1928 qui permit aux plus modestes d’accéder à la propriété. Premières formes de ce qui constitua plus tard les H.L.M. de nos villes, les H.B.M. étaient réalisées à moindre coût mais elles se devaient d’être fonctionnelles, respectant les nouveaux usages d’hygiène et de confort, et s’adaptant aux formes architecturales du moment. Le 35 boulevard Faidherbe remplit ces conditions par son aspect fonctionnel et son style géométrique qui lui confèrent un caractère Art déco.

Architectes, entrepreneurs et hommes de l’art

La majeure partie de ces immeubles a été construite par des architectes agréés dans le département du Pas-de-Calais. L’ensemble des architectes recensés disposait d’un cabinet à Arras excepté quatre d’entre eux qui travaillaient à Paris. Parmi ceux-ci, Edourd Crevel fut l’associé de Paul Decaux, architecte des Monuments historiques qui conduisit la reconstruction des principaux bâtiments publics de la ville. Tous deux participèrent à la reconstruction de nombreuses églises à Arras et dans ses environs, mais ils furent également à l’origine de nombreuses constructions privées comme l’immeuble situé au 24 rue de la Housse qui se distingue par son ordonnance classique ponctuée de décors de style Art déco. Les noms de Joseph Molinié, de son associé Charles Nicod et d’Albert Pouthier, tous trois architectes parisiens, ont été relevés pour la construction de l’immeuble du 65 rue Saint-Aubert qui constitue un subtil mélange d’Art déco, de régionalisme et de classicisme. Ils ont tous les trois œuvré à la construction de nombreux édifices dans le Pas-de-Calais et notamment de villas au Touquet. Parmi les architectes recensés, aucun d’entre eux ne peut être qualifié « d’architecte Art déco », même si certains, tel Gérard Trassoudaine, se sont illustrés dans ce style ; tous ont œuvré à la reconstruction d’Arras dans son ensemble et ont édifié des immeubles et maisons en tout genre, travaillant essentiellement pour le compte des coopératives de reconstruction.

La liste suivante présente les différents architectes et entrepreneurs des édifices repérés et le nombre d’édifices dont ils ont donné les plans. Leur signature ne figurant que sur 7 % des édifices repérés, les dépouillements ont permis d’en retrouver l’essentiel des noms.

Les architectes :

  • Arend Eugène 2
  • Caquant Gaston 1
  • Chantriaux Henri 2
  • Clavier Paul 1
  • Crevel Edouard 2
  • Desprez Jules 1
  • Decaux Paul 3
  • Duguet Gabriel 1
  • Dupuis Paul 4
  • Gaston Henry 1
  • Gérard Edmond 1
  • Guenot Georges 1
  • Lacoste Jean 4
  • Laporte Gabriel 1
  • Lavanant Pierre 1
  • Maréchal Victor 3
  • Martel Henri 1
  • Molinié Joseph 1
  • Nicod Charles 1
  • Patin Henri 1
  • Picy Albert 3
  • Poinsot Charles 1
  • Pollet Oscar 2
  • Pons Honoré 3
  • Ponton Charles 1
  • Pouthier Albert 1
  • Prévost Léon 2
  • Rousseau Emile 2
  • Roussel Ludovic (Jean-Baptiste) 5
  • Sourdeau Jean 1
  • Teppe André 2
  • Trassoudaine Georges 3Trubert René 3
  • Wirton Julien 4

Total : 66 sur 69 édifices recensés.

Les entrepreneurs

  • Delamotte Edouard (serrurerie) 2
  • Desmartin Jean 1
  • Deneuville Albert 4
  • Deneuville Léon (menuiserie charpente) 2
  • Depoortère Léopold 1
  • Girard Victor 2
  • Lantoine 1
  • Peulabeuf Louis 7
  • Vandecasteele Oscar 3
  • Varlet J. 2

L’architecte Ludovic Roussel fut l’un des plus prolifiques : il construisit 5 immeubles dont un dans le style classique avec ornements Art déco ; cet architecte fut connu à Arras pour avoir été l’architecte municipal de la ville à partir de 1898.

Julien Wirton, Jean Lacoste, Paul Dupuis, architectes arrageois travaillant pour les sociétés coopératives de reconstruction, édifièrent également plusieurs constructions dans un style Art déco. Néanmoins, en l’état des recherches, aucun architecte ne joue de rôle réellement dominant, la reconstruction étant due à une large trentaine d’architectes.

Parmi les entrepreneurs, deux se distinguent par le nombre de constructions réalisées : Louis Peulabeuf et Albert Deneuville. Louis Peulabeuf est une grande figure d’entrepreneur arrageois. La reconstruction d’Arras lui permit de faire valoir son talent dans le domaine de la cimenterie et du béton armé. Il reconstruisit plusieurs édifices publics, notamment le beffroi d’Arras. Albert Deneuville s’est également distingué dans ce domaine.

Quelques hommes de l’art se sont illustrés dans la réalisation des décors : on note parmi eux les céramistes parisiens François-Eugène Bourdet et Alphonse Gentil qui produisirent les pièces de céramiques bleues du 23 place du Théâtre - 2 rue du Petit-Chaudron dans un mélange de style Art nouveau - Art déco. Est également à souligner le talent du sculpteur Paul Vaast qui réalisa les nombreux éléments sculptés, très éclectiques, du 40 rue Ernestale.

Évolution typologique des immeubles Art déco

Les immeubles recensés permettent de distinguer une évolution du style entre 1920 et 1935. Au début des années 1920, le style Art déco arrageois se caractérise par une profusion de décors floraux et de motifs géométriques sur les façades ; celle de l’immeuble du 16 rue Désiré-Delansorne, construit vers 1923, est ornée à chaque niveau de décors floraux. La façade du 2 rue Wacquez-Glasson arbore l’ensemble des motifs floraux et géométriques caractéristiques de l’Art déco : marguerites stylisées, décors géométriques à chevrons, lignes zigzagantes et vagues.

Au cours de cette même période, l’Art déco tend à réinterpréter les formes et les motifs de l’architecture classique ; la façade du 25 rue Saint-Aubert, composée de pilastres en saillie, surmontés d’un entablement aux motifs floraux, caractérise cette réinterprétation des formes classiques opérée par l’Art déco.

Dans cette période d’après-guerre, l’Art déco côtoie le Régionalisme, style qui constitue la ligne de conduite architecturale pour la reconstruction des villes de France. À Arras, nous sommes en présence d’un Art déco d’inspiration régionaliste dans la mesure où il s’attache, à partir de 1925, à moderniser le pignon à redents flamand qui caractérise les places arrageoises (place des Héros et Grand’Place). L’immeuble du 14 rue Paul-Doumer est représentatif de cette tendance : la façade s’achève par un fronton-pignon à larges redents plats qui évoque l’architecture flamande mais sous une forme plus géométrique tandis que les motifs tubulaires de la frise et les décors des ferronneries des garde-corps sont de style Art déco. L’immeuble du 58 rue Saint-Aubert présente ces mêmes redents mais sous une forme plus épurée. Il en est de même pour le pignon du 11-13 rue Saint-Aubert qui s’achève par des pas-de-moineaux.

Entre les années 1920 et 1930, l’Art déco s’épure et évolue vers un style tendant vers un modernisme plus affirmé : les éléments décoratifs anecdotiques disparaissent peu à peu de la façade, laissant place à des formes simples, rectangulaires, et aux toits terrasses. A la fin des années 1920, le style Art déco a toutes les apparences du modernisme avec le recours aux surfaces blanches nues, l’horizontalité de ses structures qui s’achèvent bien souvent en angles arrondis, mais surtout avec l’importance accordée aux jeux des volumes au détriment du décor qui disparaît peu à peu des façades. Il apparaît à cet époque sous le terme de « style paquebot ». À Arras, nous pouvons retrouver un exemple caractéristique de ce style au 7 rue du Cardinal qui cumule l’ensemble de ces éléments.

Parfois, les décors géométriques perdurent en dépit d’une apparente modernité : tel est le cas de l’immeuble du 3 rue Eugène-Pottier où décors floraux et géométriques sont parsemés sur la façade.

Conclusion

Les immeubles Art déco arrageois sont en fait particulièrement éclectiques et puisent leurs décors et leurs formes à la fois dans les registres classique, régionaliste et moderne. Ils marquent l’esprit du temps caractérisé par une volonté de conserver les formes du passé, de garder l’identité des lieux, d’attacher l’architecture de la ville à une tendance régionale qui l’ancre au sein d’un territoire, tout en s’ouvrant à la modernité et aux possibilités qu’offrent les innovations techniques du temps. Sans être une référence en matière d’Art déco, Arras a tout de même accueilli quelques grands noms de spécialistes du style tels les céramistes François Eugène Bourdet et Alphonse Gentil. Les quelques architectes parisiens ont pu, par ailleurs, contribuer à importer la mode avant-gardiste de la capitale."

Aires d'études Arras
Dénominations immeuble à logements
Adresse Commune : Arras

Les immeubles à logements recensés ont été construits au cours du 1er et du 2e quart du 20e siècle, avec une dominante entre 1925 et 1930. Cette période correspond à la reconstruction de la ville qui s'étendit de 1919 à 1936. La grande majorité des immeubles firent l'objet de réparations dans l'immédiat après-guerre mais l'application des plans d'alignement de la ville vers 1925-1926 entraîna la démolition partielle de la plupart d'entre eux, suivie de leur reconstruction dans leur état actuel.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle, 2e quart 20e siècle , daté par source

Les immeubles sont essentiellement situés dans l'hypercentre arrageois. Ce sont, pour la plupart, des immeubles mitoyens, qui présentent la morphologie récurrente d'immeubles à une ou deux travées, édifiés sur un parcellaire étroit, issu de l'ancien parcellaire médiéval. Ils sont généralement construits sur deux étages avec le rez-de-chaussée dévolu à l'activité commerciale. Les immeubles ont pignon sur rue ; ceux-ci sont traités de manière originale empruntant leurs formes et leurs décors à la fois au régionalisme flamand et à l'Art déco. Une tendance se dégage pour l'Art déco s'attachant à réinterpréter les formes et motifs de l'architecture classique. De manière générale, décors floraux et motifs géométriques caractéristiques du style apparaissent en profusion sur des façades de tout style.

Références documentaires

Bibliographie
  • BACOT, Georges. Mémoire en images : Arras. Joué-lès-Tours : A. Sutton, 1998.

  • BUSSIERE, ERIC, MARCILLOUX, Patrice, VARASCHIN, Denis. La grande reconstruction : reconstruire le Pas-de-Calais après la Grande Guerre. In actes du colloque d'Arras du 8 au 10 novembre 2000. Arras : Archives Départementales du Pas-de-Calais, 2002, p.188-192.

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