Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

asile d'aliénés, puis hôpital psychiatrique, puis centre hospitalier spécialisé, rebaptisé dernièrement établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois

Dossier IA62000982 réalisé en 2001

Fiche

Appellations centre hospitalier spécialisé, établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois
Dénominations asile d'aliénés
Aire d'étude et canton Nord - Pas-de-Calais - Lillers
Adresse Commune : Saint-Venant
Adresse : 20 rue de Busnes
Cadastre : 1964 AB 11 à 35 1964 AB 11 à 35

Un établissement conventuel fut établi en 1679 à Saint-Venant par la congrégation du tiers ordre de Saint-François d’Armentières laquelle avait fondée un premier couvent en 1615 à Armentières. L'établissement conventuel de Saint-Venant était donc une maison-fille de celui d'Armentières qui n'avait pas tardé à s'orienter vers l’accueil de personnes atteintes de troubles mentaux et où pareille spécialisation dans le type d'accueil semble avoir débuté à partir de la fin du XVIIe siècle. Une inflexion similaire de l'accueil se produisit presque concomitamment à la maison-fille de Saint-Venant. Si les mesures législatives de l'époque révolutionnaire entraînèrent le départ à court terme des religieux desservant l'établissement, celui-ci continua tant bien que mal à fonctionner durant les périodes les plus troublées de la Révolution. L'établissement fut mué en dépôt de mendicité en application du décret du 5 juillet 1808 sur l’extirpation de la mendicité, mais il continua vraisemblablement à recevoir comme auparavant en priorité des malades insensés. Aussi, en 1818, au moment où l'on commença en haut lieu à se préoccuper de créer un réseau d'asiles pour recevoir les malades insensés, Saint-Venant comptait-il alors, selon le témoignage du grand aliéniste Jean-Étienne Esquirol, au nombre des huit seules maisons hospitalières spécialisées au plan national dans l'accueil de ce type de malades. L'établissement fut affecté le 23 juin 1819 comme maison départementale d'aliénés avant qu'un arrêté du 29 mai 1822 n'avalisât définitivement cette affectation particulière.

La reconstruction de l'asile d'aliénés et sa translation en dehors de la ville furent rendues nécessaires par l'exiguïté des locaux de l'ancien établissement, dont la superficie totale était égale à 8300 mètres carrés et qui ne pouvait guère s'étendre en raison de son implantation en plein centre d'un bourg corseté en sus d'une enceinte bastionnée. Par ailleurs dans cet édifice d'une étendue de 8300 mètres carrés, cours comprises, s'entassaient 450 patients. Le 12 février 1844, probablement afin de désencombrer les locaux et éviter en outre un excès de promiscuité, on procéda au transfèrement de tous les hommes aliénés vers l'asile privé de Lommelet, sis à Saint-André-lez-Lille dans le département du Nord, tenu par les frères de Saint-Jean-de-Dieu. Le 20 janvier 1868, dans la perspective d'une délocalisation hors des murs de la ville, la direction de l'asile fit l'acquisition d'un terrain de 3 hectares, 84 ares, 90 centiares au prix de 37 700 francs ; la municipalité de Saint-Venant s'engageait par ailleurs à compléter les achats de terrains pour atteindre les 6 hectares estimés nécessaires pour la construction d'un nouvel asile. Un avant-projet fut dressé dès 1868 par Théophile-Philippe Gieseler, architecte en chef du département du Pas-de-Calais, en collaboration avec Paul Lenoir, architecte des bâtiments civils et précédemment auteur de l'asile d'aliénés de Montdevergues, sis sur l'ancienne commune de Montfavet, rattachée depuis à celle d'Avignon, dans le département du Vaucluse ; les dessins aquarellés correspondant à cet avant-projet furent exposés à Paris, au salon des artistes français, en 1870. Cependant les perturbations institutionnelles engendrées par les campagnes militaires de la guerre franco-allemande de 1870-1871 et les lourdes conséquences financières de la défaite française, avec en particulier le paiement par l'État français d'une considérable dette de guerre à l'Empire allemand, expliquent très probablement l'abandon ou tout au moins le report de ce premier projet.

Lorsque le conseil général du Pas-de-Calais prit, le 19 août 1875, la décision de reconstruire l'édifice sur les terrains précédemment acquis d'une contenance de 6 hectares, situé hors des murs d la ville, Paul Lenoir, désormais seul architecte resté en lice, établit un projet entièrement nouveau qu'il présenta le 25 septembre 1875. Contrairement au premier projet qui relevait du système pavillonnaire avec galeries de liaison, celui-ci répondait à une disposition à pavillons complètement indépendants. Il est hautement probable qu'une telle configuration ait été inspirée par le inspecteurs généraux du service des aliénés, c'est-à-dire Augustin Constans, Jules-Joseph-Ludger Lunier et Octave Du Mesnil. Les travaux de construction du gros œuvre furent adjugés le 10 mars 1877 et ceux-ci furent commencés, le 1er juin 1877, par l'entrepreneur Cordillot, alors que le conseil général avait entre temps décidé, le 11 avril 1877, l'extension du terrain d'assiette qui passait de ce fait d'une contenance de 6 à 12 hectares. On procéda à l'adjudication des travaux de second œuvre, le 12 octobre 1878, et tant la construction que les aménagements intérieurs se trouvaient entièrement achevés en 1884 puisque, dans les premiers mois de l'année 1885, les derniers malades encore hébergés dans l'ancien asile purent être transférés dans le nouvel établissement. La réalisation s'écartait du projet présenté en 1875 par Paul Lenoir sur plusieurs points relativement mineurs : en particulier les cellules des deux quartiers dits de sécurité, destinés aux aliénés agités et a fortiori furieux, furent édifiés non selon la disposition semi-circulaire, de type panoptique, qui figurait tant sur les plans de 1875 que sur ceux de 1876, mais selon une disposition quadrangulaire ; en outre les divers bâtiments de malades se trouvèrent finalement reliés entre eux par des galeries de service pourvues d'une couverture vitrée ainsi que l'on peut l'observer sur une photographie prise en 1885 juste après l'ouverture de l'établissement.

Une série d'agrandissements successifs réalisés par la suite porta le nombre des bâtiments d'hospitalisation de dix à dix-sept : d'abord construction, vers 1900, de deux bâtiments pour y recevoir les malades payants ou pensionnaires dit pavillons 11 et 12, encore appelé pensionnat puisque la famille de ces malades payait une pension, ensuite d'un bâtiment dit pavillon 4 bis vers 1910, d'un bâtiment dit pavillon 7 bis vers 1913, d'un bâtiment pour les épileptiques dit pavillon 6 bis vers 1931, enfin de deux bâtiments dit pavillons 1 bis et 5 bis vers 1937. Les pavillons 6 bis, 1 bis et 5 bis furent réalisés sur les plans de l'architecte départemental Paul Decaux. L'établissement fut desservi pendant toute la période qui va de la date de son ouverture jusqu'en février 1964 par des sœurs de la congrégation des religieuses de l'Enfant-Jésus qui étaient déjà présentes dans l'asile depuis 1844 et donc du temps ou celui-ci était encore situé en centre ville.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle
Dates 1877, daté par source
Auteur(s) Auteur : Gieseler Théophile-Philippe,
Théophile-Philippe Gieseler

Théophile-Philippe Gieseler était architecte en chef du département du Pas-de-Calais.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
attribution par source
Auteur : Lenoir Paul, architecte des Bâtiments civils, attribution par source
Auteur : Cordillot, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Decaux Paul, architecte départemental, attribution par source

Juste après son transfert sur le site qu'il occupe actuellement et l'achèvement de sa construction selon le projet initial, l'asile comportait dix pavillons d'hospitalisation répartis en deux divisons de cinq pavillons chacune, disposés de part et d'autre de l'axe longitudinal de l'édifice. Toutefois, dans chacune des deux divisions de cinq pavillons, celui des malades agités était placé nettement en retrait par rapport aux quatre autres. Dans l'intervalle médian entre les pavillons se succédaient, d'avant en arrière, la chapelle, le bâtiment de l'administration, la cuisine et les bains. Cet établissement qui était prévu pour abriter un total de 500 lits et était destiné à accueillir exclusivement des femmes aliénées, vit le nombre de ses patientes hospitalisées grimper jusqu'à environ 1200 dans les années 1980 avant que ne débutât une lente décroissance pour atteindre les 360 actuellement.

Pareille configuration architecturale, avec les pavillons de malades groupés en deux divisons et alignés de part et d'autre d'un axe central et les bâtiments des services généraux disposés le long de l'intervalle médian, était apparue à l'asile d'aliénés du Mans, édifié à partir de 1828, et celle-ci avait été qualifiée en 1853 de système asilaire français par le second inspecteur général en date des asiles d'aliénés, Maximien Parchappe, ce qui constituait une manière de souligner les caractéristiques communes aux asiles français par rapport à celles des deux autres grands systèmes asilaires qui prévalaient alors en Europe, le britannique et le germanique. L'existence de ces deux grandes divisons résultait originellement de la nécessité de séparer nettement dans un asile hommes et femmes ; or dans l'asile de Saint-Venant, un tel parti architectural fut adopté en dépit d'un accueil unisexe. Seule modulation par rapport au système asilaire français, les pavillons de malades étaient ici disposés en alternance parallèlement et perpendiculairement au grand axe de l'édifice, ce de manière sans doute à éviter une trop grande monotonie, ce que l'on peut l'observer dans la majorité des établissements obéissant au dit système.

Murs brique
Toit ardoise
Étages sous-sol, 2 étages carrés, 1 vaisseau
Couvrements fausse voûte d'ogives
fausse voûte nervurée appareillée comme la voûte à arêtes triples
Élévations extérieures élévation à travées, élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans pignon couvert
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour, en charpente, suspendu
Statut de la propriété propriété du département

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales du Pas de Calais, 1 X 1081 : dossier sur la reconstruction de l’asile d’aliénés (1875-1878).

    Archives départementales du Pas de Calais : 1 X 1081
Documents figurés
  • Archives départementales du Pas de Calais, N 1295/1, avant-projet de construction d'un asile d'aliénés : plan de distribution générale du rez-de-chaussée et des 1er et 2e étages, élévation antérieure générale, coupes longitudinales et transversales générales, dessins aquarellés, 15 novembre 1868.

    Archives départementales du Pas de Calais : N 1295/1
  • Archives nationales, Paris. Série F15, hospices et secours. Atlas de plans des asiles d’aliénés (Ain à Yonne), F15* 55 et 56 (1875-1876) : F15* 56, projet par l’architecte Paul Lenoir, plan de distribution générale du rez-de-chaussée, 20 juillet 1876.

    Archives nationales, Paris : F15* 56
  • Archives départementales du Nord, Lille, 15 J 119 : archives de la Commission historique du Nord, collection Le Blondel, carton 2, dossier N°7.

    Archives départementales du Nord, Lille : 15 J 119
  • Archives départementales du Pas-de-Calais. Série J, fonds Paul Decaux, asile d’aliénés de Saint-Venant, projet de construction de nouveaux bâtiments : 45 J 378, plans sur calques et tirages (1929-1937).

    Archives départementales du Pas de Calais : 45 J 378
  • Archives départementales du Pas de Calais. Série N, édifices départementaux, asile d’aliénés de Saint-Venant, projet de constructions nouvelles ou de transformation de bâtiments : N 1295/3, plans de détail de ces bâtiments par les architectes Paul Decaux et Jean Gondolo (1929-1956).

    Archives départementales du Pas de Calais : N 1295/3
Bibliographie
  • CONSTANS, Augustin, LUNIER, Jules-Joseph-Ludger, DU MESNIL, Octave. Rapport général à M. le ministre de l’Intérieur sur le service des aliénés en 1874 par les inspecteurs généraux du service. Paris : Imprimerie nationale, 1878. IV-564 p.-7 pl.-4 cartes.

    pages 357-359
  • DURIS, Laurent. Saint-Venant : dimensions psychiatrique et architecturale de la construction d’un asile au 19e siècle. [s.l.] : [s.d.], thèse de médecine, Paris 6 Saint-Antoine, 1987.

Périodiques
  • LAGET, Pierre-Louis. « Naissance et évolution du plan pavillonnaire dans les asiles d’aliénés ». In : Livraisons d’histoire de l’architecture, N°7 (1er semestre 2004), pages 51-70.

    pages 51-70
(c) Région Nord - Pas de Calais - Inventaire général - Laget Pierre-Louis